Trump vu de Pologne : « Et s’il voulait que la Russie rejoigne l’Otan? »

Faut-il prendre au sérieux les récentes déclarations de Donald Trump au sujet de l’Otan «obsolète» ? Vu de Pologne, le doute est permis, et les attentes sont grandes à l’égard du 45e président américain, investi vendredi.

Environ 3 000 soldats américains sont arrivés sur le sol polonais, le 12 janvier, pour renforcer la défense du flanc est de l’Otan, face à la Russie, suivant le plan décidé cet été au sommet de Varsovie. Une victoire de courte durée pour la Pologne, plongée dans l’incertitude par le nouveau Président des États-Unis, qui ne cache pas son manque d’enthousiasme à l’égard du Traité de l’Atlantique Nord, qu’il a récemment qualifié d’«obsolète». La Pologne, membre de l’Otan depuis 1999, est l’un des rares pays à respecter la contribution de 2 % de son budget à la Défense exigée par l’Organisation.

L’investiture de Donald Trump, ce vendredi 20 janvier, marque pour la Pologne une nouvelle ère dans ses relations avec les États-Unis, dont les modalités sont encore incertaines, alors que le pays est depuis longtemps tourné vers l’Atlantique. Les membres du PiS, le parti ultraconservateur au pouvoir depuis un an, se veulent rassurants, quand la presse est inquiète : jusqu’à quel point Donald Trump est-il sérieux ?

Le Président polonais, Andrzej Duda, a donc rappelé que « juste après son élection nous nous sommes parlés au téléphone, et le président m’a assuré que la politique serait calme et stable, il a même ri, disant de ne pas croire tout ce qui était raconté, qu’il ne fallait pas croire ce qui était écrit dans les journaux et que tout irait bien. Et je crois que tout ira bien!».

Optimiste également, le ministre des Affaires Étrangères, Witold Waszczykowski, qui espère que le déploiement des troupes en Pologne attire des entreprises américaines dans la région, qui est «stable, calme et sûre», estimant que – à l’exception de Barack Obama en 2016 – les présidents américains n’ont pas prêté assez attention à la Pologne.

D’après Andrzej Duda, « l’Otan fonctionne bien ». « Je ne vois aucun facteur qui pourrait conduire à l’affaiblissement de l’Otan », a rassuré le Président lors d’une visite officielle en Israël, le 18 janvier. « Nous devrions rappeler à nos partenaires que se retirer de la coopération transatlantique aboutit généralement à de mauvaises expériences », a cependant averti le ministre au forum de Davos, le lendemain.

Kaczynski-trumpLes relations entre États-Unis et Pologne, alors que Donald Trump est souvent comparé à Jaroslaw Kaczynski, le leader du PiS, pour leurs méthodes comme pour leurs idées (voir le montage en couverture de «Newsweek Polska») sont encore à déterminer.

William Ciosek, conseiller de Donald Trump sur les affaires américano-polonaises, a avancé quelques idées dans les colonnes de l’hebdomadaire «Gazeta Polska» : « Donald Trump est un entrepreneur expérimenté qui sait repérer une bonne affaire. Ce qui signifie qu’une grande part de responsabilité des futurs projets américano-polonais repose sur les épaules de la communauté polonaise. » La minorité polonaise aux États-Unis – traditionnellement très conservatrice – est donc vue comme le meilleur garant d’une relation gagnant-gagnant entre les deux États.

Pour l’instant, le doute sur les intentions de Donald Trump inquiète Elizabeth Mączyńska, de la Société économique polonaise (Polskiego Towarzystwa Ekonomicznego) : « La principale caractéristique des activités Donald Trump, c’est l’incertitude, et l’incertitude est toujours mauvaise pour l’économie. Les producteurs, les investisseurs auront des difficultés, et des conséquences négatives sont à prévoir », a-t-elle déclaré à la PAP, l’agence de presse polonaise.

L’imprévisibilité du nouveau Président américain inquiète aussi la presse. Le correspondant de «Radio Polska», Michał Żakowski, notant que le discours d’investiture du Président américain reprenait la rhétorique de sa campagne, estime que les Polonais devraient plutôt penser à la manière dont Donald Trump veut changer le traité d’alliance transatlantique : « Et s’il voulait que la Russie rejoigne l’Otan? »

Justine Salvestroni