Tensions xénophobes en Pologne après un fait divers

Le meurtre d’un jeune Polonais à Ełk (région de Mazurie), dont sont suspectés un Tunisien et un Algéro-Polonais, a provoqué deux jours de heurts dans cette ville de cinquante mille habitants située dans le nord-est du pays, aux confins de Kaliningrad, de la Lituanie et du Bélarus.

Image capturée d'une vidéo de "Russia Today".
Image capturée d’une vidéo de Russia Today.

Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier, le propriétaire d’un bar-kebab à Ełk (Mazurie), un Algéro-Polonais d’une quarantaine d’années et le cuisinier, un Tunisien de 26 ans, sont accusés d’avoir tué de deux coups de couteau un Polonais âgé de 21 ans. « Après un incident peu clair à l’intérieur du bar et qui a tout déclenché, un homme est sorti en emportant deux bouteilles sans les payer. Le propriétaire du bar et son cuisinier l’ont poursuivi et ont tenté de les lui arracher. C’est alors que le drame est survenu », a expliqué le procureur à Ełk, Wojciech Piktel.

En réaction, des centaines de personnes se sont rassemblées devant l’établissement, scandant des slogans racistes, jetant des pétards et des pavés dans la vitrine. Une trentaine d’entre eux a été arrêtée, après des échauffourées avec la police. Sur les réseaux sociaux, les appels au « boycott des kebabs islamiques » en Pologne se sont multipliés. L’ombudsman polonais (équivalent du Défenseur des droits), Adam Bodnar, s’est saisi de l’affaire.

«Un climat de haine xénophobe»

Le KOD (Comité pour la démocratie) a réagi hier sur Twitter : « Le PiS a profité de la haine xénophobe aux dernières élections. Après les événements de Ełk, c’est devenu un problème majeur en Pologne ». Pour le journaliste et poète Przemysław Witkowski, « l’atmosphère en Pologne est de plus en plus déplaisante », la faute selon lui aux partis ultraconservateurs qui appellent à la haine des Musulmans, dont Droit et Justice au pouvoir. Dans une tribune publiée sur le site Krytyka Polityczna, il donne l’exemple de Mariusz Błaszczak, le ministre de l’Intérieur, « qui est allé jusqu’à considérer que l’attitude des personnes qui ont essayé de lyncher le principal suspect est “parfaitement compréhensible”».