Slovaquie : Robert Fico déstabilisé par la hausse du prix de l’électricité

La forte hausse des prix de l’électricité décrétée subitement au début de l’année par l’organisme de régulation a fragilisé la coalition gouvernementale et sérieusement fait tanguer le pouvoir de Robert Fico ces dernières semaines en Slovaquie. Retour sur un imbroglio politique.

Bratislava, correspondance – La hausse prévue le mois dernier, et finalement annulée, des tarifs de l’électricité en Slovaquie n’en finit pas de semer la pagaille dans la politique intérieure du pays. Au point qu’une motion de défiance a été présentée par les députés de l’opposition contre le Premier ministre Robert Fico, nécessitant la convocation d’une session extraordinaire du parlement la semaine dernière. Sur les 130 parlementaires participant au vote, 60 députés ont voté pour la motion et 70 contre elle. Au-delà du caractère formel de cette motion de défiance, qui n’est pas synonyme d’une crise gouvernementale profonde, la gestion des prix de l’énergie par l’organisme de régulation, l’ÚRSO, a néanmoins mis en lumière en certains nombres de divergences dans la coalition Smer-SD – SNS, aplanies lors d’une récente entrevue commune.




Il convient donc de revenir sur le micmac gouvernemental au sujet des hausses de tarifs injustifiées de l’énergie par l’ÚRSO, qui avait fait de la régulation des tarifs de l’électricité un des sujets-phares de sa campagne législative de l’an dernier, en assurant être en mesure de maintenir les prix. Pourtant, l’ÚRSO a décrété dès début janvier 2017 une augmentation de 40% de la part fixe des tarifs de l’énergie électrique, amenant à une hausse exceptionnelle des factures reçues par certains ménages et entreprises, notamment en Slovaquie centrale. Alors même que les prix à la distribution n’avaient pas augmenté, voire étaient à la baisse, rendant tout à fait inexplicable cette hausse subite et unilatérale. Face au mécontentement des consommateurs, le gouvernement slovaque n’a eu d’autres choix que de demander des explications au directeur de l’autorité énergétique Jozef Holjenčík, accusé par l’opposition parlementaire de détournement de fonds en faveur de ses sociétés de conseil qui lui avaient conseillé… d’augmenter les prix de l’énergie.

Retour aux tarifs de 2016 avec effet rétroactif

Le premier à dégainer a été Andrej Danko, le président du parlement et chef du Parti National Slovaque (SNS), deuxième parti de la coalition au pouvoir, qui a demandé la démission de Holjenčík , en sus d’une convocation à s’expliquer devant le parlement. Démission que Robert Fico ne réclamait pas. Holjenčík a refusé l’injonction à s’expliquer face au parlement, préférant une entrevue directe avec le premier ministre Robert Fico, débouchant sur la démission le 2 février du directeur de l’autorité de régulation de l’énergie. Danko avait admis que cette affaire pouvait être considéré comme la première véritable crise au sein de la coalition gouvernementale, critiquant la privatisation partielle des grandes entreprises énergétiques et affirmant la nécessité d’en racheter des parts, en plus de la création d’une section spéciale au ministère de l’économie qui préserve et gère toutes les participations d’État. Poussé à l’action, le gouvernement décrète le 9 février le retour aux prix énergétiques de 2016, avec effet rétroactif pour les factures de janvier.

Mais le mal était fait : le 9 janvier, un conseil de coalition est tenu afin d’aplanir la « crise matrimoniale », selon les mots de Danko, née de cette question entre Robert Fico (Smer-SD), Andrej Danko (SNS) et Béla Bugár (Most-Híd). Au terme de ce conseil, Robert Fico a assuré que les partis de la coalition allaient dans la bonne direction et que, malgré des désaccords normaux entre trois entités politiques différentes, la volonté commune d’œuvrer ne manquait pas. Cela n’a pas empêché toutefois la présentation la semaine dernière d’une motion de censure de la part de l’opposition, après qu’Igor Matovič, le leader d’OLaNO-NOVA ait demandé, sans succès, la démission du ministre de l’économie Peter Ziga. Cette session extraordinaire, débutée mardi 14 février, a tourné court : Igor Matovič a dès le début de séance commencé à brandir la photo d’une vieille femme, désirant faire de cette retraitée un exemple de victime des hausses de l’énergie. L’utilisation de photos ou de matériel audiovisuel étant depuis cette année strictement réglementé, Andrej Danko, le président de l’assemblée, a finalement suspendu la séance, renvoyé la procédure de défiance au lendemain.

C’est donc le 15 février que Robert Fico est venu à la tribune de l’assemblée pour justifier son action. Il a d’abord demandé le soutien de ses députés, et critiqué la volonté de désagrégation et de semer le chaos de Matovič et de l’opposition. Il s’est emporté aussi contre ce qui est, selon lui, une utilisation abusive de la motion de défiance par l’opposition qui ne doit pas être utilisée abusivement. Cette défense, très générale, s’est terminée par le vote qui maintient finalement la coalition au pouvoir. Toutefois, ces dernières semaines compliquées ont montré que certains, au sein de la coalition, jouent aussi leurs cartes personnelles, ce qui laisse entrevoir une gouvernance peut-être moins sereine que ce qui était initialement prévu.

Sources : SME.sk, HNonline.sk