En Slovaquie, la discrimination envers les Roms se fabrique à l’école

Jugés inaptes à suivre une formation normale, les enfants Roms de Slovaquie sont orientés de façon quasi systématique vers des cursus scolaires dédiés aux élèves souffrant de déficience mentale dès leur entrée à l’école primaire, dénoncent Amnesty International et le Centre Européen pour les Droits des Roms (CEDR).

Un rapport d’Amnesty International a été publié le 1er mars sur la base d’une étude menée dans quatre localités de Slovaquie orientale – Šarišské Michaľany, Krombachy,  Moldava nad Bodvou et Ostrovany -, là où la ségrégation envers les Roms est la plus élevée. Dès l’entrée à l’école primaire, les enfants répondent à une évaluation permettant de définir leurs aptitudes scolaires. Conclusion quasi-systématique: les enfants roms ne seraient pas aptes à suivre un cursus scolaire classique et doivent intégrer des établissements spéciaux au même titre que des enfants souffrant d’un léger handicap mental.




Selon Amnesty International, ces tests biaisés ont pour but de discriminer les enfants roms dès le plus jeune âge pour leur faire suivre un enseignement allégé et « de mauvaise qualité ». Plusieurs parents d’élèves roms ont rapporté des anecdotes à charge contre le système éducatif slovaque. Certains élèves auraient notamment eu les consignes de faire des travaux abstraits et artistiques pendant les cours de slovaque, entraînant des difficultés dans l’apprentissage de la langue orale et écrite. À Krompachy, dans une des quatre localités où les recherches ont été menées, les filles roms voient leur formation limitée à des cours de Praktická Žena (« Femme pratique ») , dans le cadre d’une formation enseignant l’art de devenir une « bonne ménagère », grâce à des cours de cuisine et de ménage. Les garçons, eux, travaillent à la chaîne dans des usines d’assemblage au profit d’entreprises privées.

Si l’école est perçue dans d’autres pays d’Europe comme une opportunité de grimper l’échelon social et de sortir des déterminismes économiques, elle ne serait pour les Roms de Slovaquie qu’un moyen d’être tiré vers le bas dès le plus jeune âge.

Des mesures prises par l’UE

Amnesty International rapportait déjà en 2010 les discriminations dont souffraient les enfants roms à l’école primaire. Depuis sept ans, les menaces de sanction proférées par l’Union européenne contre la Slovaquie n’ont eu que peu d’effets. « Cela fait presque deux ans que la Commission européenne a lancé une procédure d’infraction contre la Slovaquie pour discrimination et ségrégation au sein du système éducatif. Pourtant, les enfants roms demeurent pris au piège du cercle vicieux de la pauvreté, de la marginalisation et du désespoir », a déclaré Ðorđe Jovanović, président du Centre Européen pour les Droits des Roms (CEDR). En l’absence de mesures concrètes pour lutter contre cette ségrégation, la Cour de Justice de l’Union Européenne sera convoquée pour infliger des pénalités forfaitaires à la Slovaquie.

Le cas slovaque n’est cependant pas isolé en Europe centrale. En mai dernier, la Commission européenne avait pointé du doigt le système scolaire à deux vitesses en Hongrie, où certains enfants roms sont dirigés vers des écoles spéciales. La Tchéquie avait pour sa part fait l’objet d’une procédure similaire à celle engagée contre la Slovaquie en 2015.

Yohan Poncet