« Roues libres est dans la veine de ce qui se fait de mieux dans le cinéma hongrois actuel »

Deuxième long métrage réalisé par le Hongrois Attila Till, Roues libres a été projeté en avant-première mondiale à Karlovy Vary en 2016 dans la sélection East of the West. Entretien avec Johanna Mayer-Lhomme, directrice de la société de distribution Pretty Pictures.

Cet article fait l’objet d’une publication commune avec l’association Kino Visegrad, site d’information et de diffusion du cinéma centre-européen dans l’espace francophone.
Qu’est-ce qui vous a décidé à distribuer Roues libres en France ?

Tout simplement par coup de cœur ! Nous avons tous visionné le film au bureau, et sommes tombés sous le charme de son rythme et de son humour noir grinçant. Tout comme l’a été la presse par la suite, nous avons d’emblée apprécié la dimension inédite et audacieuse du propos du film, qui parvient à montrer le handicap sans tabou, et à faire de ses personnages handicapés de héros attachants. Le film est à nos yeux dans la veine de ce qui se fait de mieux en termes de cinéma hongrois actuel – d’ailleurs, le film est produit par les mêmes producteurs que Le fils de Saul (Laokoon Films).

Est-ce le premier film hongrois que vous distribuez ?

Nous avions distribué il y a quatre ans un autre film hongrois, Le Grand cahier, qui avait remporté le Globe de Cristal à Karlovy Vary.

Quelles difficultés rencontrez-vous pour populariser le cinéma d’Europe centrale en France ?

Il est aujourd’hui très difficile de faire exister ce genre de films d’auteur dans les salles françaises – avec un nombre de sorties hebdomadaires accru, le premier problème qui se pose est celui de l’accès aux salles, en particulier pour des films qui ne sont ni très « pointus » ni tout à fait « grand public ». Or, sans un nombre de salles suffisant, il est difficile de débloquer un budget marketing conséquent pour accorder de la visibilité au film. Ainsi, nous sommes passés par des réseaux hors média, avec l’idée d’atteindre un public sensible aux thématiques du film dans la durée – en bénéficiant, par exemple, du soutien de l’ADAPT (L’association pour l’insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées), afin d’assurer la création d’une audiodescription du film et d’organiser des projections événementielles en régions.

Malgré l’importance de l’aide européenne MEDIA, qui apporte un soutien tout particulier aux films d’Europe de l’Est, il reste donc compliqué de diffuser ces films afin qu’ils rencontrent leur public, mais pour des raisons structurelles qui ne sont pas spécifiques aux films d’Europe de l’Est, mais bien au cinéma Art et Essai étranger dans son ensemble.


Le premier long-métrage d’Attila Till, Panic, a été distingué par le prix de la Meilleure Actrice décerné en 2008 à Ági Gubík lors de la Semaine du Cinéma Hongrois. Son premier court-métrage, Csicska, un drame glaçant sur l’esclavagisme moderne, a (entre autres) été projeté en compétition à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2011.

Roues libres est sorti en France le 15 février dernier. Le film a reçu le Prix du public à Arras Film Festival 2016 et il sera projeté à l’Institut hongrois de Paris en coopération avec Kino Visegrad le 13 avril prochain à 20h.

Markéta Hodouskova