Référendum contre les JO : « une fièvre démocratique s’est emparée de la population »

Des jeunes militants de « Momentum Mozgalom » (Mouvement Momentum) ont lancé une collecte de signatures dans le but d’organiser un référendum national contre la candidature de Budapest aux Jeux Olympiques d’été de 2024. La campagne NOlimpia a démarré en trombe le week-end dernier et compte déjà plus de 50 000 signatures. Elle doit en récolter 138 000 en trente jours. Le compte-à-rebours a commencé.

« Les Jeux semblent être une aubaine pour la Hongrie mais à long terme cela va réduire les investissements dans la santé, l’éducation ou les réformes sociales. Nous ne pouvons pas nous le permettre en ce moment ». Voilà comment le directeur de la campagne Nolimpia –  qui dénonce aussi le risque de corruption –  justifie en deux phrases l’initiative de Momentum Mozgalom. « La Hongrie est gouvernée par Orbán depuis maintenant sept ans, le pays est de moins en moins démocratique et la corruption n’a jamais été aussi élevée à tous les niveaux de la société ».

Le pays devrait dépenser plus de dix millions d’euros pour financer des infrastructures qui n’auront plus raison d’être après les Jeux. Cela même alors que les systèmes de santé et d’enseignement publics sont défaillants, que le salaire moyen se situe aux environs de sept cent euros et que 40 % de la population vit ou est menacé de vivre dans la pauvreté. « Ce sont les gens qui doivent décider des questions budgétaires car ce sont tous les citoyens qui, à la fin de la journée, vont passer à la caisse tandis que c’est l’oligarchie d’Orbán qui va profiter de ces investissements. Avec ce projet de référendum, nous voulons nous emparer de ces problématiques et montrer au régime que les Hongrois n’acceptent plus le status quo. Les JO ne devraient-ils pas célébrer vingt ans de succès plutôt que vingt ans de corruption et d’apathie politique ? ».

Contrairement aux apparences, le mouvement « Momentum » ne sort pas du néant. Fondé et présidé par un jeune juriste de vingt-sept ans, András Fekete-Győr, cela fait bientôt deux ans que des jeunes entre vingt et trente ans – venus de tout horizon et de toute formation – réfléchissent aux moyens de bâtir une société hongroise plus égalitaire et plus démocratique. Momentum se revendique avant tout comme un mouvement hongrois, même si un grand nombre de ses membres a étudié et/ou travaillé à un moment de leur vie à l’étranger. Leur but : se constituer en parti politique avec un programme politique, sociétal et économique crédible en vue des élections législatives de 2018.

800 activistes répartis dans la capitale

Mais pour l’heure, l’enjeu est de motiver les Budapestois : « Êtes-vous favorable à ce que la Municipalité retire la candidature de Budapest à l’organisation des Jeux d’été de 2024 ? ». Depuis son lancement le 19 janvier, la campagne NOlimpia a mobilisé plus de huit cents « aktivistak » en vingt-cinq points de Budapest. Ils informent, interpellent, sensibilisent, mais surtout invitent les Budapestois à signer la pétition qui permettrait au référendum de prendre forme. Pourquoi seulement les habitants de Budapest alors qu’il s’agit du budget de l’Etat ? La Commission électorale en a décidé ainsi et le mouvement doit donc réunir un minimum de 138 000 signatures en un mois.

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Crédit photo : Momentum Mozgalom / Facebook

« J’étais apolitique, mais pour la première fois j’ai vraiment envie de m’investir dans un mouvement politique », raconte un membre qui préfère ne pas donner son nom, lors d’une soirée organisée par Momentum au Corvin Club à l’occasion du démarrage de la campagne. « Momentum fait sens, cristallise positivement les aspirations de la jeunesse hongroise et propose des solutions crédibles sans tomber dans l’idéologie naïve et béate. Il y a de la diversité au sein des fondateurs, nous avons des économistes, des avocats, des ingénieurs…et l’organisation elle-même est profondément fondée sur le débat, c’est très démocratique ».

« 138 000 signatures, ce n’est pas assez » fait remarquer un autre militant, Sebestyén, étudiant en architecture. Et András, étudiant en psychologie et également activiste pour cette campagne, de rajouter : « Il nous en faut au moins 180 000. Je suis convaincu que les gens qui travaillent à la Commission électorale de Budapest font bien leur boulot, mais on ne sait jamais ce dont le gouvernement est capable pour rendre une signature caduque. Une lettre ou un chiffre qu’ils n’arrivent pas à lire pourrait suffire à la rendre invalide. » 50 000 signatures ont été recueillies en cinq jours et les gens ne cessent d’affluer aux stands pour signer.

Cette campagne sous le feu nourri des médias pro-gouvernementaux ne semble pas provoquer de tensions au sein de la population, comme en témoigne András et Sebestyén : « La question de la participation aux JO n’est pas particulièrement clivante, en cela qu’un grand nombre de Budapestois, qu’ils soient de droite, de gauche, jeunes ou moins jeunes, peuvent se mettre d’accord sur l’impact économique négatif de l’organisation des Jeux sur leur porte-monnaie déjà peu fourni. Tout le monde n’est bien évidemment pas d’accord avec notre proposition, mais si nous avions voulu organiser un référendum en rapport avec les migrants, nous aurions fait face à beaucoup plus d’hostilité. Mise à part quelques incidents isolés, les gens sont plutôt bienveillants ».

« Nous avons appuyé là où ça fait le plus mal »

Toute la campagne s’articule autour d’une stratégie de communication très propre aux Millénials, à grand renforts de vidéos interactives, de mèmes et d’évènements postés sur les réseaux sociaux. A peine une semaine après sa sortie publique, la page facebook de la campagne « NOlimpia » réunissait déjà quelques 25 000 likes tandis que celle de « Momentum Mozgalom » en compte environ 18 000. Mais la tête du mouvement, András Fekete-Győr, affirme que les seniors sont aussi nombreux à les soutenir. Lors du lancement de leur campagne de pétition très médiatisée à Blaha Lujza Tér, « beaucoup de retraitées insistaient pour prendre des selfies avec moi et me félicitaient chaleureusement pour ma première interview donnée la veille à ATV », se remémore-t-il.

Ce mouvement jeune a-t-il donc une chance de réussir à fédérer la société hongroise ? « L’intérêt que la campagne NOlimpia a suscité au sein de la population est tellement fort qu’il nous dépasse presque, dit-il. Que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la rue, on a l’impression qu’une fièvre démocratique s’est emparée de la population, explique András Fekete-Győr. En même temps, c’est un thème qui regroupe tous les sujets importants auxquels la Hongrie est confrontée depuis quelques années : la corruption, les dépenses publiques, la jeunesse, la relation ville-campagne, le sport, etc. Nous avons l’impression que les gens ont placé un grand espoir en nous et tout le monde attend désormais avec impatience la réaction du gouvernement qui reste muet. En même temps, nous avons appuyé là où ça fait le plus mal : Orbán ne s’attendait certainement pas à ce que la jeunesse s’organise politiquement au point de retourner contre lui une thématique censée accroître sa popularité. Le miroir aux alouettes a été révélé et le gouvernement se retrouve aujourd’hui dans une position délicate », conclut-il. Bien sûr, si le nombre de signatures nécessaires est atteint, il restera un gros morceau, le référendum lui-même, un exercice où le Fidesz a échoué en octobre.

Crédit photo : Momentum Mozgalom / Facebook