Prague et Budapest au jeu des différences

Contrairement à ce que pensent certains de nos compatriotes français, Budapest et Prague ne sont pas voisines. 530 kilomètres les séparent, soit la même distance que Paris-Genève, et sept heures de train. Autre idée parfois émise : ces deux villes « de l’Est », offriraient une certaine froideur, ancien « bloc » oblige.

Si toutes deux se situent effectivement « à l’Est », sachons relativiser et rappelons que Prague n’est pas si éloignée de Strasbourg (qui se trouve pratiquement à mi-chemin entre elle et Paris). Mais notre propos n’est pas de donner ici une leçon de géographie. Il s’agit plutôt de comparer deux capitales si souvent associées dans l’esprit des touristes.




Une différence tout d’abord par leur passé. Buda et Pest, occupées près d’un siècle et demi par les Turcs, ne se sont vraiment développées – surtout Pest – qu’avec le Compromis de 1867 qui fit pratiquement de la capitale hongroise l’égale de Vienne au sein de la double monarchie danubienne. Face à cela, Prague constituait déjà au XVIIIème siècle un grand centre culturel où fut entre autres créé le Don Juan de Mozart, alors qu’à la même époque, Pest et Buda ne disposaient encore que d’un rayonnement relativement limité. Rappelons au passage qu’après le départ des Turcs (1686), la capitale des Hongrois fut transférée un moment dans l’actuelle Bratislava (Pozsony pour les Hongrois, Pressburg pour les Autrichiens) et que ce n’est qu’en 1873 que les deux villes furent réunies (avec une troisième, Óbuda).

Cathédrale Saint-Guy de Prague - Crédit : Wikimedia Commons, Janmad
Cathédrale Saint-Guy de Prague – Wikimedia Commons, Janmad

Autre différence notable: le paysage urbain et son architecture. Riche en monuments baroques, Prague foisonne par ailleurs de beaux exemples de l’architecture gothique, à commencer par sa cathédrale Saint-Guy, édifiée par un Français. Un gothique, à l’exception de Saint-Guy, fortement sous influence germanique, avec notamment ces toitures typiques (un peu en « casque à pointe ») que l’on retrouve dans certaines villes d’Allemagne. Car, ne l’oublions pas, l’Allemagne n’est pas si loin et, pour qui aura visité Nuremberg, a fortiori Bamberg, la parenté n’est pas si lointaine. Alors qu’en regard, Budapest côté Pest est essentiellement une ville du XIXème siècle, avec un fort caractère « haussmannien » : de larges artères, des grands immeubles de rapport. Certes, on trouvera à Buda un petit quartier ancien, au demeurant charmant, mais limité à trois-quatre rues. Quant au Château, rien à voir avec celui qui domine à Prague le quartier de Malá Strana. Il me ferait plutôt penser, par son aspect massif un peu « François-Joseph », à celui de Madrid, ce qui n’a d’ailleurs rien d’étonnant, vue l’époque et la parenté des dynasties régnantes.

Le soir sur Andrássy út, les "Champs Elysées" de Budapest - Wikimedia Commons
Le soir sur Andrássy út, les « Champs Elysées » de Budapest – Wikimedia Commons

Le site présente, par contre, une certaine similitude, avec dans les deux cas un cours d’eau séparant une ville basse d’une ville haute dominée par un château. Mais la ressemblance s’arrête là. Tout d’abord par leurs dimensions. Si, certes, les deux agglomérations offrent sur le papier une superficie voisine (grosso modo 500 km²) et une faible différence de populations (1 250 000 contre 1 750 000), le centre de Budapest revêt une toute autre dimension. Tout d’abord par ce Danube, large et majestueux, qu’enjambent de grands ponts suspendus au pied de hautes collines boisées. Face à cela, une Moldau (Vltava) moins large traversée par de vieux ponts en pierre, dont le célèbre pont Charles, l’un des principaux centres d’animation de la ville, avec son flux ininterrompu de touristes et la foule de ses amuseurs divers (musiciens, hommes-statues et tutti quanti). Différence également par leur tissu urbain, plus aéré, plus vaste, plus étendu dans le centre de Budapest et, par leurs architectures déjà évoquées plus haut. Le centre de Prague étant plus ramassé, mais offrant en contre-partie une quantité impressionnante d’églises (on l’appelle parfois la « Rome de l’Est ») et de monuments historiques. Sans parler de son dense réseau de ruelles entrelacées au sortir desquelles le visiteur a mille chances de tomber sur une petite place qui le ravira.

Les ruelles du vieux Prague - Wikimedia Commons
Les ruelles du vieux Prague – Wikimedia Commons

Mais c’est surtout dans l’ambiance que le contraste me semble le plus marqué. Face à sa rivale tchèque, Budapest ferait presque figure de métropole méridionale. Par son climat sec et ensoleillé, certes, mais aussi par son atmosphère. Alors que, tout comme en Allemagne, les Bierstuben de Prague seraient plutôt tournées vers l’intérieur, Budapest regorge de terrasses ouvertes aux promeneurs. Ceci restant bien évidemment à relativiser, mais reflétant malgré tout une différence de cultures. Budapest, au demeurant capitale d’un pays viticole, où les vins, même si la bière leur fait concurrence, sont à l’honneur. Alors que la Tchéquie, qui ne possède que peu de vignobles, est un pays de buveurs de bière, des bières d’ailleurs réputées. En contrepartie, tout comme certaines métropoles latines, Budapest serait peut-être moins soignée, bichonnée que Prague, véritable ville-musée. Au contraire d’une ville-musée, Budapest s’offre davantage à la promenade le long de ses boulevards, de ses avenues et de son Corso. Plus que pour ses monuments, même si l’Opéra et le Parlement attirent les touristes, c’est pour la ville en soi que Budapest se visitera.

Le tramway 2 le long du Danube à Budapest
Le tramway 2 le long du Danube à Budapest

Prague-Budapest, deux villes en définitive très différentes. Le visiteur amateur d’Histoire et de monuments commencera donc par Prague. Mais ensuite, pourquoi ne pas aller se détendre et s’offrir un petit bol d’air sur les bords du Danube? Où il trouvera en plus des bains thermaux pour se refaire une santé après toutes ces visites. Sans oublier bien sûr un passage obligé à Vienne, qui constituera une excellente transition. Vienne qui, ne l’oublions pas, fut le siège d’un empire auquel il fut un temps où toutes deux appartinrent, bon gré, mal gré.

 

Pierre Waline