PISA : le bon élève polonais veut copier le cancre hongrois

L’édition 2015 de l’enquête PISA, publiée au début du mois de décembre par l’OCDE, révèle un déclin du niveau scolaire en Europe centrale, comme dans le reste de l’Europe.

Budapest, Varsovie et Bratislava, correspondances – L’enquête met aussi en lumière des disparités importantes entre ses pays, la Pologne s’en tirant bien mieux que ses voisins slovaques et hongrois. Malgré ces bons résultats, Varsovie entend imiter Budapest sur la voie des réformes conservatrices dans l’enseignement.

En Hongrie, une machine à fabriquer des « bons Chrétiens »  ?

Les résultats de l’enquête PISA illustrent avec clarté la détérioration du système scolaire hongrois, à travers un recul de 9 points dans le classement des pays de l’OCDE et une baisse générale du niveau en sciences, en mathématique et en lecture. Alors que le pays sort de plusieurs mois de gronde de la part du milieu enseignant, le secrétaire d’État à l’éducation László Palkovics a tenu à relativiser ces données en estimant qu’elles ne pouvaient pas refléter en un délai si court le résultat des politiques engagées depuis 2010. Il a par ailleurs observé que « les pays les mieux notés ne fournissaient pas forcément les meilleurs ingénieurs », prenant pour exemple Israël, « mal notée, mais avec un système éducatif bien plus rentable ».

János Lázár, le bras droit du premier ministre, avait récemment créé une polémique en considérant que le principal objectif de l’éducation publique était « d’éduquer des bons Chrétiens et des bons Hongrois ». Pour la députée d’opposition Ágnes Kunhalmi (MSzP), le recul de la Hongrie dans le classement PISA est au contraire « choquant et désastreux » et « signe l’échec total de la politique éducative du gouvernement », laquelle a consisté ces dernières années à étatiser les écoles et à définir un programme scolaire unique, aux dépens de l’autonomie autrefois accordée aux établissements scolaires.

Même son de cloche du côté de Péter Niedermüller, parlementaire européen membre de la Coalition démocratique (DK), lequel a sévèrement critiqué la « réduction de la liberté pédagogique, l’arrêt des programmes axés sur les compétences, l’élimination des bourses pour les étudiants pauvres, la promotion de la ségrégation, la négligence des exigences légitimes des enseignants et l’introduction d’un programme rigide basé exclusivement sur les connaissances factuelles ». Du côté de la formation d’extrême-droite Jobbik, Dóra Dúró a appelé à des changements fondamentaux, parmi lesquels la réduction du nombre de matières enseignées. Parmi les caractéristiques du système hongrois, si l’on ne constate pas de différence notable entre le niveau des filles et des garçons, le cadre familial et les origines sociales jouent encore un rôle prépondérant dans les conduites scolaires.

La Pologne prête à imiter la Hongrie ?

Les très bons résultats de la Pologne, qui se place au-dessus de la moyenne de l’OCDE à l’enquête PISA, sont tombés en plein débat sur l’éducation. Peu après que des dizaines de milliers d’enseignants sont descendus dans la rue, fin novembre, pour protester contre la réforme qui doit entrer en vigueur en septembre. Le parti Droit et Justice (Prawo i Sprawiedliwość, PiS), prévoit en effet de détricoter le système éducatif qui fait justement l’excellence des élèves polonais depuis une quinzaine d’années.

Le gouvernement entend supprimer des postes d’enseignants et dissoudre les collèges, ramenant ainsi le système à huit années d’école primaire et quatre années de lycée, comme avant 1999. Les opposants à la réforme craignent également des programmes plus centralisés et surtout, « patriotiques ». La prochaine enquête ne sera peut-être même pas réalisée en Pologne, la ministre de l’Éducation ayant déclaré dans un entretien ce n’étaient « que des tests », pour lesquels « trop d’argent est dépensé ».

La Slovaquie en baisse continue depuis 2006

Les derniers résultats de l’enquête PISA ne semblent guère indiquer une amélioration dans les performances des élèves slovaques. Une involution est même nettement marquée lors des trois dernières années prises en compte dans l’enquête : ainsi le pays perd 10 points dans chacune des trois matières servant de mètre évaluateur, les mathématiques, la littérature et les sciences naturelles. Une dégradation continue qui place la Slovaquie bien en deçà de la moyenne des 34 pays membres de l’OCDE évalués. Le test a été effectué sur plus de 6000 élèves âgés de 15 ans du secondaire.

La fournée 2015 ne change pas nettement par rapport aux enquêtes précédentes qui plaçaient déjà la Slovaquie sous la moyenne, tout comme en 2012. La baisse est continue depuis 2006. Le ministère de l’éducation, dirigé par Peter Plavčan (parti national slovaque, SNS), depuis les élections de mars 2016, a affirmé sur son site web prendre acte des résultats de l’enquête mais assure que, rapporté aux résultats de l’enquête PISA de 2012, la baisse n’est que peu significative et que les baisses sont enregistrées dans tous les pays de l’OCDE. Cela incite le gouvernement à persévérer dans sa volonté de modifier les programmes d’études de tous les niveaux scolaires, sans que ceux-ci n’aient encore été dévoilés, et le porte à croire que l’allongement d’une année des études scolaires entamé cette année est une réforme allant dans le bon sens.

Cependant, le corps professoral ne partage pas cet avis. Après plusieurs journées de grèves lors de l’année scolaire précédente, dans le but de faire bouger le gouvernement à l’approche des élections, les professeurs avaient obtenu la promesse d’une augmentation salariale, toutefois jugée insuffisante, mais aussi plus de moyens alloués à l’éducation, afin d’améliorer et rénover des bâtiments et du matériel scolaire souvent vétustes. Ceux-ci se font encore attendre, malgré les promesses de Robert Fico, qui promet que, pour son parti, l’éducation constitue « notre priorité ».

La République tchèque : « peut mieux faire »

La République tchèque se situe dans le milieu du classement, deux places derrière la France, affichant de moins bons résultats qu’il y a trois ans, et en déclin depuis dix ans. Elle perd 5 points en maths depuis la dernière enquête Pisa, et 6 points en sciences. Malgré des progrès en lecture, c’est la seule matière dans laquelle la République Tchèque affiche des résultats en dessous de la moyenne de l’OCDE. Pour plus d’informations concernant les résultats PISA en République tchèque, lire cet article complet de nos confrères de Radio Prague.

Avec Justine Salvestroni à Varsovie et Matthias Quemener à Bratislava.