Un piano prodige pour la Hongrie

La 21 janvier Viktor Orbán était de retour à l’Académie de musique Franz Liszt pour une nouvelle inauguration. En ce jour consacré à la « culture hongroise », le premier ministre hongrois s’est penché sur le berceau du dernier des « Hungaricum » : le piano Bogányi.

Cet instrument « prodige » porte le nom de son propriétaire : le pianiste Gergely Bogányi dont la réputation n’est plus à faire. Un piano né en Hongrie, comme s’est empressé de souligner le premier ministre hongrois : « Ce piano est une œuvre qui par sa forme et son acoustique établit un pont entre nos traditions et le futur (…) Gergely Bogányi a rêvé de ce piano, il l’a conçu ici en Hongrie où il a reçu le soutien nécessaire. Ne pourrait-on pas penser que ce schéma est voué à se reproduire à l’avenir ? ».

Un instrument design et innovant

La vieille, face à un parterre plus restreint réuni au sein du Budapest Music Center, Gergely Bogányi secondé de l’artiste américain Gerald Clayton s’en donnait à cœur joie sur ce tout nouvel instrument au design remarquable. Les deux pieds du piano Bogányi (contre trois pour un piano à queue classique) se fondent dans le corps de l’instrument pour une longueur de seulement 262 cm (280 cm d’habitude). Les courbures du pied dirige le son directement vers le public. L’instrument dispose également de deux touches supplémentaires.

Bourré d’innovations, l’attraction principale de ce piano High-tech réside dans sa boîte de résonance en fibre de carbone composite, capable de générer un son unique et durable.

« Le son est parfaitement pur, très lyrique, c’est un enchantement, j’ai l’impression de flotter un peu comme si j’étais dans un vaisseau spatial ! », affirme Gerald Clayton qui égrène les notes de jazz sur le piano Bogányi.

Pour Gergely Bogányi l’objectif était de se départir d’une tonalité « en bois », tout en réduisant la sensibilité aux variations induites par un matériau tel que le bois justement.

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Crédit photo : Reuters

 

Boganyi piano from the outside
Crédit photo : Hélène Bienvenu
Fruit d’un travail d’équipe

Si c’est à Gergely Bogányi que revient la paternité du piano, quand, il y a 7 ans, le pianiste s’est sérieusement mis à bricoler dans le garage de ses parents à Vác, c’est en équipe que ce pianiste entrepreneur a réussi à atteindre son rêve. Soit parvenir à produire ce son qui hantait ses tympans depuis très jeune. Pour ce faire, il a su s’entourer d’alliés précieux à commencer par un ingénieur du son, avec qui il a parcouru le monde en quête de LA sonorité parfaite.

«On m’a pris pour un fou de vouloir me lancer dans la construction d’un nouveau piano. Mes parents n’avaient pas tort : ça a été quasi impossible !» – Gergely Bogányi.

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Crédit photo : István Fazekas
Un business modèle qui se cherche

Si Gergely Bogányi a investi toutes ses économies dans son projet personnel (via sa compagnie Zengafons Kft) le piano a fini par attirer les investisseurs et a pu bénéficier de l’aide de l’UE et de l’Etat hongrois, notamment par le biais de la banque centrale hongroise (60 Millions de Forint). Mais l’avenir de ce produit de niche sur un marché compétitif est encore flou, y compris son prix « construire l’instrument prend environ 7 mois, tout ce qu’on peut vous dire c’est que ça coûte cher ! » s’est contenté de préciser Gergely Bogányi. Il n’existe pour le moment que deux pianos Bogányi. L’avenir passera peut-être par des commandes publiques, la ville de Pécs a déjà signé pour disposer d’une petite merveille signée Bogányi à destination de son Kodály Központ.

Pour Károly Reisinger, expert ès pianos basé à New York, Bogányi renoue avec la tradition des pianos faits sur mesure pour leur compositeur « avant c’étaient les pianistes qui dressaient leur piano, aujourd’hui c’est l’inverse, heureusement avec le piano Bogányi cette époque est révolue ». Ce retour aux sources n’a peut-être pas de prix…

Debussy joué sur le piano Boganyi à BMC le 20/01

Hélène Bienvenu