Pál Schmitt a enfin démissionné

Après une semaine de suspense, le président hongrois, Pál Schmitt, a enfin annoncé qu’il démissionnait. Ce lundi, au bout d’un discours d’une dizaine de minutes devant le parlement hongrois, au cours duquel il s’est défendu d’avoir plagié et a réitéré ses attaques à l’encontre de l’université Semmelweis, il s’est finalement résigné à quitter son poste.

Pal Schmitt au parlement en compagnie de Janos Lazar, député Fidesz

Son discours a tout de même été applaudi par les membres de la Fidesz au moment où il quittait l’hémicycle, raccompagné par le Premier ministre Orbán lui-même. Au cours de son discours, l’ex-président s’est montré assez offensif ; il s’en est pris à l’opposition et surtout à la presse étrangère, qui, «en s’attaquant au président, s’est attaquée à toute la nation ». Pál Schmitt s’est tourné également vers le vieux fantasme de complot si chère à la Fidesz. La Fidesz n’a pas réagi à l’annonce du départ de Schmitt, Orbán s’est tout simplement levé après l’annonce et a quitté le parlement. Le chef de file du Jobbik, Gábor Vona, en a alors profité pour s’attaquer au Premier Ministre, en l’accusant de fuir lâchement plutôt que de faire face.

Cette annonce peut « surprendre » – toutes proportions gardées – car il n’y a pas si longtemps, hier matin encore, Pál Schmitt déclarait sur les ondes de Petőfi radio : « Je ne prévois pas de démissionner car j’ai la conscience tranquille ». Alors qu’à l’étranger la plupart des politiciens ayant été accusés de plagiat ont démissionné immédiatement, Schmitt a réagi de façon hautaine en refusant d’admettre sa faute. Son attitude a non seulement exaspéré l’opposition, mais aussi son propre camp, qui lui met officieusement la pression depuis plusieurs semaines. Tout en servant fidèlement et aveuglément la cause du gouvernement depuis 2 ans, Schmitt a réussi à devenir le président le plus controversé de l’histoire de la Hongrie. Il a atteint des sommets d’impopularité au sein de la population hongroise.

Depuis janvier lorsqu’elle est sortie dans la presse « de gauche » hongroise (HVG), son affaire de thèse de doctorat plagiée n’a pas cessé de faire parler d’elle, les différents partis se refilant la patate chaude. La coalition gouvernementale Fidesz-KDNP, particulièrement divisée sur l’affaire, a essayé en coulisses de faire porter le chapeau à l’université Semmelweis, notamment en l’accusant d’avoir laissé passer le travail de doctorat de Schmitt en 1992 alors que le plagiat était flagrant. De son côté, l’université déplore le fait qu’elle ait du régler l’affaire seule, sans aucun soutien. Hier après-midi le recteur de Semmelweis, Tivadar Tulassay, a lui aussi annoncé sa démission, regrettant que la «politique se soit infiltrée dans les murs de l’université».

D’apres certaines rumeurs (une déclaration « off » diffusée par Népszava en février dernier), Viktor Orbán souhaitait la démission de Schmitt. Mais sur la fin, et officiellement pour sauver la face, il a tenté de le soutenir en déclarant que la décision de démissionner n’appartenait qu’au président lui-même. Pour l’heure, il est donc difficile d’affirmer formellement que Schmitt était vraiment devenu encombrant pour la Fidesz et si ses cadres voulaient s’en débarasser. Mais il est probable que le parti gouvernemental soit (une fois de plus) particulièrement divisé sur cette affaire.

Au sein de la coalition gouvernementale, certains ont pourtant clairement affirmé leur point de vue. Botond Szalma est l’un d’eux : le chef du KDNP-Budapest a appelé à la démission de Schmitt jeudi, ce qui lui vaut une enquête interne pour avoir enfreint les règles du parti. Le même jour, le journal conservateur proche du gouvernement, la Magyar Nemzet, avait lui aussi exprimé, dans un éditorial anonyme, son souhait de voir le président partir.

Que va faire Schmitt maintenant qu’il n’est plus président ? Il a sérieusement annoncé qu’il allait reprendre ses études pour reconquérir son grade de PhD ! Cette annonce a déclenché l’hilarité d’une partie du parlement…

crédit photo : Zsolt Reviczky

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PAL SCHMITT

Vincent Baumgartner