Opéra de Budapest : un Vaisseau fantôme de rêve

Je ne suis pas (plus…) un fanatique de Wagner. Aussi est-ce avec une certaine appréhension que je me suis rendu l’autre soir (le 18 janvier) à l’opéra de Budapest, plus pour accompagner une amie que pour jouir de la musique.

Et là… un petit miracle s’est produit : sur les 140 minutes que dure la représentation, je ne vis pas le temps passer et suis resté d’un bout à l’autre les yeux rivés à la scène, comme médusé. Nous étions à la générale du Vaisseau fantôme. Un spectacle que je ne suis pas prêt d’oublier.

Tout d’abord par des chanteurs absolument émouvants dans les deux rôles principaux. Une Senta on ne peut plus touchante et digne, à la voix à la fois claire et puissante. Et belle, par desssus le marché : Szilvia Rálik. Un nom que je ne connaissais pas, à retenir ! Son partenaire : non moins digne et admirable dans son attitude triste et résignée du Hollandais condamné, incarné par Mihály Kálmándi. Là aussi, une belle voix chaude et puissante et un beau port. A leur côté, un capitaine non moins convaincant joué et chanté par Gergely Boncsér.

Le tout dans une mise en scène sobre (János Szikora) jouant sur des éclairages remarquablement bien choisis (contrastes de rouges et de bleus) et des décors simples, mais de bon goût, le tout mettant en valeur l’action tout en gommant ce côté un peu ringard que l’on retrouve parfois chez Wagner (du moins à mon goût). Et des costumes tout aussi heureux (avec ce même contraste rouge/bleu pour symboliser les deux mondes des deux nefs).

Une seule réserve : des chanteuses «bien en chair» dans le chœur des jeunes femmes, malencontreusement mises au devant de la scène, se dandinant même à un moment l’arrière train, dos au public (mais de belles voix !). J’y verrais pour ma part une intention bien délibérée. Celle de désacraliser des chœurs à l’écriture un peu trop… disons… «germanique»… et de souligner le contraste avec les héros dont ces figurant(e)s très «terre à terre» ne soupçonnent pas le drame qu’ils sont en train de vivre. Le sommet : le chœur des matelots (début du troisième tableau) dont le côté – pardonnez-moi ! – très bavarois boumbadaboum est traité avec un humour de bon goût (chorégraphie disco, bottes fluorescentes). Mais surtout, que cela ne vous décourage pas, car ces passages passent aussi très bien et ne nuisent en rien à l’action, tout au contraire.

Autre léger point faible : le rôle du fiancé Georg (Erik) tenu par un Corey Bix tout aussi fade que bien en chair. Mais là encore, rien de très gênant, puisqu’il s’agit d’un rôle ingrat : celui du soupirant délaissé un peu nunuche (or je n’ai jamais aimé les soupirants nunuches). Et puis pas si mauvais, tout de même (on a vu pire).

Pour en revenir à l’ensemble, un orchestre parfaitement dirigé sous la baguette précise de Ralf Weikert, avec peut-être des cuivres un peu trop «extravertis». Mais la faute en incombe plus à Wagner qu’au chef  (et puis, il se trouve qu’assis au premier rang, je me trouvais justement tout près de leur pupitre).

Je connaissais déjà cet opéra (dont je conserve précieusement les enregistrements de Kemperer et Dorati). Mais là, c’est bien la première fois que je me suis trouvé totalement pris, voire fasciné par une action et des personnages qui m’ont profondément ému.

Courez y donc ! Malheureusement, il n’y aura que peu de représentations cet hiver (la dernière le 2 février).

Pierre Waline