Sur les musulmans, le gouvernement slovaque souffle le chaud et le froid

Les musulmans de Slovaquie sont « parfaitement intégrés ». Par ces propos, le ministre de l’intérieur slovaque Robert Kaliňák a pris à contre-pied son premier ministre Robert Fico, pour qui la politique migratoire de Bruxelles est responsable des récents attentats terroristes en Europe.

« Les membres de la communauté musulmane de Slovaquie sont modérés, parfaitement intégrés et leur présence est une richesse pour le pays » a déclaré Robert Kaliňák, selon des propos rapportés aujourd’hui par Új szó. Selon le ministre de l’intérieur, membre du parti social-démocrate (Smer-SD), « leur mode de vie est envié par tous les pays », dans la mesure où, dans les pays de l’Ouest, les musulmans vivraient à l’écart de la société. Partant de là, l’enjeu du gouvernement slovaque serait d’empêcher cette ségrégation spatiale « responsable de la radicalisation ». D’après les informations de police, la communauté musulmane du pays montre une réelle volonté de coopération avec les forces de l’ordre dans la lutte contre le terrorisme.

Les propos de Robert Kaliňák prennent à rebrousse-poil les déclarations fracassantes de son chef de gouvernement Robert Fico. Peu après les attentats terroristes sur le marché de Noël de Berlin, le premier ministre slovaque avait notamment fait part de son intention « d’empêcher le développement de la communauté musulmane » dans son pays. En faisant auparavant le lien entre ces attaques et la politique migratoire de l’Union européenne, critiquée comme trop laxiste.

En 2010, la communauté musulmane de Slovaquie était estimée à 5000 membres, principalement à Bratislava et secondairement à Košice et Martin. L’origine de leur présence dans le pays remonte à la période ottomane, durant laquelle une partie de l’ancienne Haute-Hongrie était occupée par les troupes de la Sublime Porte. Une partie significative de ces musulmans est également originaire de Bosnie et d’Albanie. Lors de la crise migratoire de 2015, le gouvernement slovaque avait souhaité accueillir uniquement les réfugiés chrétiens du Proche-Orient.

Ludovic Lepeltier-Kutasi