Mais où est passé le cinéma hongrois ?

La question se pose, car depuis deux ans, les affiches pour des long-métrages hongrois sont absents des murs des cinémas. La part de marché des films hongrois est à zéro. [1] En 2009, ce pourcentage était de 8,7% et en 2010 de 7,2%. [2]

Conséquence de quoi, malgré ses 43 ans de tradition, la Semaine du Film Hongrois n’a pas eu lieu cette année à Budapest. L’absence de cet événement illustre parfaitement la situation actuelle du paysage cinématographique. Cependant, à l’initiative de quelques jeunes réalisateurs souhaitant diffuser leurs récents court-métrages, l’équipe du site internet hongrois dédié aux courts métrages, Daazo.com, a organisé deux journées de projections dans un cinéma Art et Essais de Budapest.

La production cinématographique du pays semble être réduite à des programmes uniquement professionnels. Pourtant, l’institution du cinéma hongrois, le MNF a lancé ses premiers appels à projets. La rédaction de Hulala avait publié un compte rendu sur les débuts de la création de ce fonds de soutien.

Le court métrage du réalisateur Dénes Nagy, Lágy Eső représentera la Hongrie à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes qui débute le 15 mai.

Le MNF travaille avec un budget annuel de 5 milliards de forints, soit 16,6 millions d’euros. Mais qui peut faire du cinéma avec si peu de moyens ? Une partie de ce budget a été réservée au remboursement des dettes accumulées par le système précédent. L’autre partie est dédiée au financement de projets de films et à quelques autres activités.

La direction du MNF envisage de créer une nouvelle industrie cinématographique fondée sur les modèles européens et le modèle privé américain. Théoriquement, la 4e Semaine du Film Hongrois devrait donc présenter de tels films.

Ces productions en cours, visibles aussi sur le site Internet du MNF, font l’objet des discussions des professionnels. Le dilemme : choisir entre un modèle économique profitable et le soutien au cinéma art et essais. La décision sera primordiale – car il s’agit du seul fonds de soutien au cinéma hongrois depuis deux ans – et déterminante pour la nouvelle ère du cinéma hongrois. Contrairement à ce système d’une fenêtre, l’ancienne institution de MMKA finançait de 20 à 25 films par an, plus les courts-métrages et les films d’écoles. Le MNF – depuis sa fondation en 2011 – a supporté environ 80 développements de scénario, dont une vingtaine de projets de long métrages sont maintenant en phase de production. Malgré ce grand nombre de projets, aucun film n’est sorti en salle à ce jour, la plupart étant toujours en post-production.

Au nom de la réforme de l’industrie, le MNF gère plusieurs activités à la fois. Il s’occupe de la promotion du cinéma hongrois dans les plus grands festivals et organise des rencontres professionnelles. Dans le cadre de ces rencontres dédiées à la formation des scénaristes et des cinéastes hongrois, Oliver Stone, Joe Esterhasy et Alan Parker s’étaient déjà rendus à Budapest pour y faire des ateliers.

L’avenir incertain du cinéma hongrois inquiète beaucoup les cinéastes en Hongrie, mais aussi à l’étranger, où de nombreux professionnels se sont exprimés pour apporter leur soutien à  Béla Tarr, en faveur du soutien d’un cinéma art et essais. Ce grand maître s’est rendu il y a quelques mois à Sarajevo où il enseigne désormais à l’Académie du Film, ne souhaitant plus réaliser des films.

Il y a toutefois une bonne nouvelle dans ce paysage bien sombre : le court métrage du réalisateur Dénes Nagy, Lágy Eső, a été sélectionné et représentera la Hongrie à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes qui débute le 15 mai.