L’incroyable odyssée du Túró Rudi

Le Túró Rudi est une des friandises les plus populaires de Hongrie. En cas de petit creux, jeunes et moins jeunes mangent volontiers ces petits bâtonnets de fromage blanc enrobés dans du chocolat croquant. Au fil des années le Túró Rudi est devenu une des friandises emblématiques du pays. Pourtant, ce que peu de hongrois savent, c’est que cette douceur n’a de hongrois que le nom. Originaire de Russie, l’implantation du Túró Rudi en Hongrie est un magnifique exemple de marketing. Voici donc la grande aventure de cette petite friandise.

Túró Rudi au pays des Soviets

C’est une friandise russe qui est considérée comme l’ancêtre du túró rudi. En effet, il existait en Union Soviétique des bâtonnets composés de l’appétissant mélange de fromage blanc, de graisse et de beurre commercialisé sous le nom d’Eskimo et qui était capable de rassasier les soldats rouges les plus affamés. Qui sait, peut-être que dans les années 20-30 le camarade Joseph Djougachvill ou le camarade Lev Davidovitch Bronstein mordaient déjà à pleines dents dans une de ces petites friandises ? En 1954, trois spécialistes des produits laitiers hongrois sont partis en vadrouille en URSS afin d’échanger leurs expériences avec leurs homologues russe. En terre russe, nos trois spécialistes vont découvrir une spécialité bizarre que consomment apparemment avec délectation les soviets, c’est le сырок (« sirok ») que l’on peut considérer en quelque sorte comme le chaînon manquant entre l’Eskimo et le rudi. Ils ramèneront donc dans leur valise l’idée du Túró Rudi ainsi qu’un autre produit laitier qui connaîtra également un grand succès, le kaukázusi kefir (« le kefir du Caucase »). L’idée du rudi a immédiatement  plu à l’Entreprise de Produits Laitiers de Budapest qui a décidé d’introduire cette douceur en Hongrie.

Rudi soit qui mal y pense !

Pour obtenir un succès sur le marché, un bon marketing est indispensable, donner un nom rigolo et facile à retenir à un nouveau produit est primordial pour la réussite commerciale. L’entreprise de Produits Laitiers de Budapest) a donc contactée Sándor Klein, un professeur de l’Université Polytechnique et Économique de Budapest, afin qu’il trouve un nom au produit qu’elle souhaitait commercialiser. Après avoir longtemps réfléchit, Klein opta finalement pour le nom de Túró Rudi, qui a été immédiatement adopté par la BTV. Bien-pensant, Klein n’aurait jamais imaginé que le nom qu’il donna à la petite friandise pourrait être interpréter de façon fort différente. En effet, ce nom a été à  l’origine d’une polémique car beaucoup de personnes l’associait à quelque chose de totalement différent que, par pudeur, nous ne vous dévoilerons pas. Si pourtant vous demeurez perplexe partez à la recherche d’un videur de boîte de nuit de grand gabarit et demandez-lui « szeretnéd, hogy megmutassak egy rudit ? », ce qui veut dire « tu veux que je te montre un rudi ? » et il vous expliquera gentiment le sens profond de ce mot…

Des débuts difficiles

Pourtant, malgré le succès qu’il connaît actuellement et le super nom qu’il a reçu, les débuts n’ont pas été simples pour le túró rudi. La production a débuté en relativement petite quantité dans une modeste usine de Mátészalka, petite ville du Nord-Est de la Hongrie. La production a donc commencé en 1968 et petit à petit, après avoir conquis les estomacs des habitants du comitat de Szabolcs-Szatmár-Bereg, tel un tsunami, le Túró Rudi à déferlé sur tout le pays. Une trentaine d’années plus tard, à la chute du communisme, 3 usines produisaient déjà les friandises au fromage blanc en grande quantité. Actuellement de nombreuses usines produisent les túró rudi, la marque la plus célèbre, Pöttyös (« à pois ») est la seule marque de rudi déposée. Pöttyös est le premier Túró Rudi produit en Hongrie par la BTV, il tire son nom des points rouge que l’on voit sur son paquet, le slogan de la marque « Pöttyös az igazi » (« Pöttyös est le vrai ») se réfère donc au fait qu’il s’agit du premier rudi produit en Hongrie. A la chute du communisme la BTV et le Túró Rudi Pöttyös ont été repris par la société Friesland qui continue la production.

Rudi mal acquis ne profite jamais

Malheureusement le Túró Rudi est également à l’origine de nombreux problèmes. Index.hu nous relate la triste histoire d’une vieille femme habitant la pittoresque ville industrielle de Voronej en Russie. Il y a un an, deux membres de la sécurité d’un supermarché de cette ville on attrapé cette dame de 70 ans après qu’elle ait, par pure gourmandise, dérobé 2 « sirok » pour une valeur totale de 10 roubles (environs 0.20 euros). La malheureuse a donc été pincée par les deux gardes qui lui ont demandé de se rendre dans une salle annexe. Sous le choc, la vieille dame a eu un malaise et est décédée avant que les secours ne soient sur place. Suite à cette affaire le directeur du supermarché a affirmé que les deux gardes n’ont pas commis d’erreur et qu’il n’allait donc pas les renvoyer. L’histoire de cette dame a ému le peuple russe, elle qui voulait simplement un rudi, l’a payé de sa vie…

Du Túró Rudi sans túró ?

De nos jours une ribambelle d’entreprises produise les túró rudi, pour des prix et des résultats bien différents. Le site internet divány.hu a testé les différents bâtonnets au fromage blanc présents sur le marché : sans surprise c’est le Pöttyös qui arrive en pôle position, talonné par les rudi de Mizo et de Spar. En revanche, il est étonnant que la plupart des Túró Rudi produits en Hongrie, ne contiennent que peu de fromage blanc (40% pour le Pöttyös).

Rudi hongrois VS. Rudi russe

Le lecteur curieux se demandera sûrement s’il y a une différence entre le turó rudi hongrois et le russe. Grand amateur de ce genre de friandises et accroc au Pöttyös, j’ai eu l’occasion de goûter plusieurs fois à des versions différentes en Russie et dans les Pays Baltes. Bien que le principe (fromage blanc + chocolat) soit semblable, j’ai relevé de nombreuses différences. Premièrement, la forme n’est pas la même : alors que la version hongroise a une forme de cylindre, la version russe est plutôt rectangulaire. Le chocolat qui enrobe le sirok est également très différent, au touché il fond tout de suite, rendant la consommation de cette friandise particulièrement salissante. J’ai aussi remarqué des différences importantes au niveau de la proportion fromage blanc/chocolat : la version russe contenant beaucoup plus de fromage que la version hongroise. Finalement je fus agréablement surpris par le goût du sirok. Plus fondant, le fromage blanc de la version russe est également plus parfumé avec un agréable goût de vanille.

Au final, le Túró Rudi russe tout comme le Túró Rudi hongrois est excellent, il est difficile de les comparer car chacun à ses propres caractéristiques. Signalons à nos lecteur la mise sur le marché par Pöttyös d’un nouveau Túró Rudi, parfumé au sureau, absolument délicieux !

Pour nos lecteurs hors de Hongrie : où se procurer des Túró Rudi ?

Malheureusement le Túró Rudi n’a jamais réussit á séduire les consommateurs d’Europe de l’Ouest, il est donc assez difficile de s’en procurer en France, en Suisse ou en Belgique. Il est en général possible d’acheter des sirok dans les épiceries russes, bien qu’étant différent il donnera une idée de ce qu’est le Túró Rudi !

Sources : Index.hu, posztinfo.hu, divany.hu, homar.blog.hu

Vincent Baumgartner