Lettre au Jobbik : comment devenir démocratique et civilisé

T. Gábor Szántó, rédacteur en chef de « Szombat » a publié un texte dans lequel il prend acte de la volonté du président du Jobbik, Gábor Vona, de rompre avec l’antisémitisme, mais émet des conditions pour l’installation d’un dialogue entre le parti et les Juifs de Hongrie.

La version originale de cet article article a été postée sur le site « Szombat.org » le 10 janvier 2017. La traduction en français a été réalisée par Paul Maddens.
Gábor Vona et le Jobbik le 17 octobre 2016 au parlement (Elekes Andor / wikicommons)
Gábor Vona et le Jobbik le 17 octobre 2016 au parlement (Elekes Andor / wikicommons)

Ces dernières années, nombreux sont ceux à avoir tiré des conséquences du fait que la direction du Jobbik modère ses manifestations de racisme et d’antisémitisme, du moins en public. Dans les toute dernières semaines, il serait devenu possible et même nécessaire de coopérer avec ce parti, sous la forme d’une coalition technique ou d’une coalition électorale, en vue de la relève d’un pouvoir qui exerce son influence sur l’économie au moyen de la corruption et qui dénature la vie publique démocratique.

Alors qu’auparavant, les forces démocratiques souhaitaient le mettre en quarantaine et refusaient toute coopération avec ce parti du fait de son agressivité, de ses idées et de sa symbolique néonazie. L’impuissance de l’opposition face à une majorité gouvernementale qui s’est bétonnée, l’aversion devenue quasiment phobique à l’égard des gouvernants, inciteraient certains à faire des tentatives désespérées et difficilement justifiables sur le plan moral pour coopérer avec le Jobbik.

Le Jobbik porte pourtant une lourde responsabilité dans la légitimation du langage antisémite dans le discours publique hongrois. Il est devenu une force idéologique structurante, qui façonne la conscience collective.

Bien sûr, le lent changement du Jobbik ne nous a pas échappé. Ainsi en est-il de l’exclusion de la direction d’une partie des plus extrémistes et de la mise en sourdine de son ton antisémite agressif. Le même processus a été observé dans les partis d’extrême droite de l’Europe de l’ouest au cours des quinze dernières années (encore que ceux-ci sont en avance sur l’extrême-droite hongroise et ont poussé la logique plus loin).

Le plus petit dénominateur commun nécessaire pour procéder à un échange de vues avec le Jobbik et pour sa transformation en force démocratique et civilisée n’a pas encore pris forme. Il faudrait pour cela que, tout en tournant le dos à leurs positions antérieures, le Jobbik en tant que parti et ses forums :

  • clarifient leur position à propos de la mémoire de l’Holocauste et à propos des tâches et des responsabilités corrélatives que l’État doit assumer selon les normes acceptées dans le monde euro-atlantique ;
  • qu’ils expriment clairement leur réprobation vis-à-vis des groupes et forums racistes et antisémites ;
  • qu’ils formulent clairement leur point de vue concernant la légitimité de l’existence de l’État d’Israël ainsi que face à la terreur et au fondamentalisme islamique qui menacent les valeurs du monde occidental.

Dans la mesure où cela se produit, que ce tournant n’est pas seulement provisoire mais devient une norme, un comportement durable et responsable et crédible, valable dans tous les forums officiels et pour les personnalités de premier plan du Jobbik, alors les conditions nécessaires à un éventuel dialogue pourraient voir le jour.