Les Hongrois, ces grands fascistes !

Les médias européens et d’outre-atlantique ont bien relayé les résultats des élections législatives hongroises, mais en dressant le portrait d’un pays rongé par le racisme, l’antisémitisme et les ressentis historiques.

Au grand dam de la presse hongroise, de droite comme de gauche, qui dénonce la superficialité d’un tel traitement médiatique. Mais devant l’ampleur de la montée de Jobbik, pouvait-il en être autrement ?

Parfois amusée, mais plus souvent exaspérée, la presse hongroise n’a pas manqué de relever les inexactitudes, dans le fond et dans la forme, de la couverture médiatique internationale des élections hongroises. Bien sûr il y a eu les éternelles confusions entre Budapest et Bucarest, entre le statut d’ancien satellite de l’URSS et celui de pays soviétique, et même entre le deuxième tour des législatives hongroises et la présidentielle en Autriche qui se déroulait le même jour.

Le plus souvent, les médias étrangers n’ont observé les élections que par le prisme de leurs préjugés et en superposant de façon simpliste le clivage politique de leur propre pays à celui de la Hongrie. La qualification abusive de la Fidesz comme parti de « centre-droit » est en cela révélateur de leur ignorance des spécificités de la vie politique hongroise.

Jobbik et les médias étrangers

Les journalistes hongrois estiment que le traitement médiatique dont a fait l’objet leur pays a été beaucoup trop superficiel pour livrer une image juste et équilibrée de la Hongrie, réduite aux discriminations dont sont victimes la population rom, à l‘antisémitisme et à ses extrémistes de droite. C’est très dommageable pour un pays qui n’a pas souvent l’occasion de faire les gros titres de la presse étrangère.

Jobbik a fait du mal à l’image de la Hongrie à l’étranger, mais il ne fallait pas s’attendre à autre chose. Un parti jeune et dynamique, une milice (non-armée), un leader jeune et fringant, une tête de liste très présentable en la personne de Krisztina Morvai, bref…l’extrême-droite hongroise est sexy. Tous les ingrédients étaient réunis pour que la presse fasse ses choux gras du « phénomène Jobbik », sans s’attarder sur les 83% de Hongrois qui n’ont pas voté pour un parti proto-fasciste, ni sur les nombreux électeurs de l’extrême-droite à avoir voté par protestation plus que par conviction pour les idées véhiculées par ce parti.

Un symptôme ou la maladie ?

Il y a comme une erreur de diagnostic de la part des observateurs internationaux à considérer Jobbik uniquement comme le mal dont souffre la Hongrie et non pas comme le symptôme d’un mal profond : les pouvoirs successifs de gauche et de droite ont échoué à apporter le bien-être à l’ensemble de leur population, dont les attentes étaient énormes vingt ans plus tôt, au moment du changement de régime. Aujourd’hui, la Hongrie est dans une situation sociale et économique désastreuse au vu de ce que laissaient espérer les débuts de la décennie 1990. L’introduction de la monnaie européenne est sans cesse repoussée (les experts parlent désormais de 2015). La gestion économique a été si mauvaise que la Hongrie a dû emprunter 20 milliards d’euros au FMI, à la Banque mondiale et à l’Union européenne. Le niveau de corruption intolérable qu’a atteint le pays et le clientélisme pour se maintenir au pouvoir à tout prix, font du MSzP et du Fidesz les responsables de cette montée de l’extrême-droite en Hongrie.

Le Fidesz est coupable d’avoir largement contribué à populariser et à rendre acceptables les idées nationalistes. Elle a flirté avec l’extrême-droite, surtout en 2007-2008. On se souvient du débat qui a agité le Fidesz autour de la présence de drapeaux Árpád – un symbole de la Hongrie historique que s’est accaparée l’extrême-droite- à ses meetings.

Les socialistes, quant à eux, n’ont cessé de surfer sur la vague de l’extrémisme qu’ils ont eux-mêmes largement contribué à développer. Cherchant refuge dans les colonnes de la presse étrangère, ils se sont à maintes reprises répandus sur la montée de l’intolérance dans leur pays, s’assurant le beau rôle en dénonçant particulièrement la montée de l’antisémitisme, un thème dont les médias étrangers, toujours prompts à entrevoir le retour des vieux démons, sont friands.

Ternissement de l’image du pays

Tous les signaux en provenance de Hongrie ces dernières années alimentent l’image d’un pays rétrograde, incapable de s’émanciper de son passé et d’assumer sa diversité pour évoluer.  Il y a eu tout d’abord les émeutes de l’automne 2006 qui ont suivi la diffusion du fameux discours du Premier ministre Ferenc Gyurcsány à Őszöd. Elles ont été largement relayées par les médias européens qui ont donné à voir des jeunes « hooligans » opposés aux forces de l’ordre dans des combats violents. Elles ont jeté une lumière crue sur une réalité hongroise jusque-là ignorée en Europe. Trois ans plus tard, en 2009, alors que Jobbik réalise une percée spectaculaire aux élections européennes (remportant près de 15% des votes) en faisant campagne notamment contre la « criminalité tzigane », la minorité rom est victime de plusieurs meurtres à caractère raciste. Sur le plan diplomatique enfin, les querelles incessantes avec certains pays voisins, la Slovaquie notamment, discréditent la maturité politique des pays d’Europe centrale.

Corentin Léotard