Le Festival de printemps de Budapest parle et vit d’Europe

Il ne reste que quelques jours pour assister au Budapesti Tavaszi Fesztivál («Festival de printemps de Budapest») !

Photos de János Posztós

Qui dit printemps à Budapest, dit festival de… printemps. Le BTF, pour les intimes, (si si, vous savez ces drapeaux sur le pont Erzsébet !) a lieu chaque année depuis 35 ans. Lancé en 1981, sous contrôle communiste, la vocation du festival était déjà pourtant de promouvoir les artistes étrangers en Hongrie. Devenu emblématique de la capitale hongroise en habits printaniers, le BTF draine désormais les assoiffés de culture (et même ceux qui le sont moins) dans les plus prestigieuses salles de concert et d’exposition budapestoises. Hu-lala s’est penché sur l’un des plus grands festivals culturels en Hongrie.

Un programme diversifié

L’édition 2015 du Festival de printemps – qui a lieu jusqu’au dimanche 26 avril inclus – tient ses promesses : 17 jours, plus de 170 événements culturels, dans 43 lieux différents dont les dernières salles fastueusement rénovées / ou récemment inaugurées à Budapest (Vigadó, Zeneakadémia, Bálna, le Budapest Music Center…).

Le grand intérêt du BFT, c’est la variété – et la densité – des artistes qu’il attire. Il y a bien sûr les grands noms « magyars », comme le chorégraphe Pál Frenák (qui a présenté à Műpa sa dernière production : Birdie), le saxophoniste Mihály Dresch ou encore le remarquable trio folkorique formé par Ági Szalóki, Szilvia Bognár et Ágnes Herczku (Leánydicsérő est à voir absolument si vous en avez l’occasion). Mais il y a aussi des artistes du monde entier qui viennent se produire dans la capitale hongroise le temps du festival. C’est en cela que le Festival de printemps se démarque d’autres événements culturels du cru : soit l’un des rares moments de l’année où il est possible de s’absorber dans une pièce de théâtre de Cervantès, exécutée par la troupe du théâtre madrilène de l’Abadía au théâtre national hongrois et le lendemain se rendre à un concert de fado de l’excellente Ana Moura au Bálna, dont on découvre tout juste la salle de concert du dernier étage.

Pal Franak_Gabor Kotschy

Ou encore aller voir Le Roi Lear à l’Atrium, mis en scène par la compagnie Éva Duda, et enchaîner par un concert en hommage à György Cziffra (hongrois d’origine, parisien d’adoption), au Vigadó. Petit détail pratique, c’est l’occasion, si vous maîtrisez mal le hongrois, de profiter de pièces en langues étrangères sous-titrées en hongrois ! Preuve que le BTF, ce n’est pas qu’un festival de musique classique, un large pan du spectre artistique est mis à l’honneur : jazz (fête du jazz concomitante), musique du monde, musique folklorique, opéra, théâtre, danse, arts visuels mais également plusieurs expositions (signalons notamment l’exposition dédiée aux photographies de Zsigmond Vilmos qu’on connaît davantage en tant que réalisateur, jusqu’au 21 juin au musée Ludwig).

Le roi

Un festival qui parle et qui vit d’Europe

Pour Csaba Kaél, directeur général du festival (le festival est désormais géré par un triumvirat : Műpa, le Budapesti Fesztivál- és Turisztikai Központ et l’office du tourisme hongrois) : « le BTF parle d’Europe, de nos racines communes, et les représente sur scène. Franz Liszt était aussi connu à Paris qu’à Budapest. C’était même la première pop-star de l’histoire ! Cette année, le festival veut montrer qu’il est bien vivant parmi nous à Budapest ». L’objectif, c’est aussi de replacer Budapest dans la ligue des grandes capitales culturelles européennes. Au rang des hommages rendus pour cette édition, on compte la Comédie divine de Dante, qui soufflera ses 750 bougies le 24 avril, au Műpa, avec la présentation en avant-première de DanteXperience, une co-production italienne. « Le concept originel nous vient de Liszt, qui voulait à l’époque projeter les dessins de Bonaventura Genelli pour illustrer sa propre symphonie dantesque. Il a fini par jouer sa symphonie, en compagnie de Camille Saint-Saëns à Paris, dans l’appartement de Gustave Doré ». Bref, Liszt en a rêvé, Műpa, allié au festival de Ravenne, l’a fait. Pas mal dans le genre coopération européenne…

A la conquête d’un nouveau public

Le BTF dispose d’un solide socle de fidèles (il est d’ailleurs conseillé de réserver ses places bien à l’avance) mais l’équipe convoite désormais les adultes qui ont grandi avec le Sziget « les premiers participants au Sziget ont pour certains plus de 40 ans aujourd’hui, ils ont des bons souvenirs de Budapest » voire des spectateurs encore plus jeunes. « Budapest s’est fait un nom en Europe grâce à ses bars en ruine. Nous avons fait des lectures littéraires dans 12 d’entre eux à l’automne » souligne Csaba Kaél. Au printemps c’est la formule « street art » qui semble avoir été choisie : des installations sous forme de kiosques parsèment Buda et Pest, permettant à des artistes de se produire à même la rue. « L’année dernière on avait même organisé un show lazer sur le Danube ! On aimerait bien d’ailleurs pouvoir utiliser encore davantage le Danube… » relève le directeur. En tout cas, l’ambition du festival est bien là « on s’insère entre le Printemps international de Prague et la Wiener Festwoche, on a d’ailleurs déplacé le festival à la mi avril en ce sens ». Les moyens aussi : le BTF dispose d’un budget de 4 millions d’Euros.

Hélène Bienvenu