Le Citoyen, le film sur la vie d’un réfugié en Hongrie sort au cinéma

Az Állampolgár (« Le Citoyen ») sort au cinéma ce jeudi 26 janvier. « Je ne me souviens pas qu’un film hongrois, à la fois aussi bon et important, ait été tourné », écrit le journaliste de 444.hu à propos de cette histoire d’amour entre un réfugié africain qui s’obstine à vouloir décrocher la nationalité hongroise et Mária, professeure dans la banlieue de Budapest.

La version originale de cet article article de Dániel Ács a été postée sur le site 444.hu le 13 janvier 2017. La traduction en français a été réalisée par Paul Maddens.

J’avoue que j’étais incapable de me décider devant le cinéma Toldi : « Est-ce que c’est pour moi ou pas ? Est-ce que je veux regarder jusqu’au bout un film sur la question des réfugiés ? »

D’une part, cela fait bientôt deux ans que je me couche et que je me lève avec ça. Le pays a été parsemé pendant des mois de haine, d’enfermement, de repli sur soi, d’incitation à la peur. Sur tous les médias, de façon coordonnée et planifiée, ils nous ont harcelé avec des mensonges. La peur a été greffée sur la moitié du pays, l’autre moitié est taraudée par la honte et les remords. D’autre part je ne croyais pas du tout qu’il soit possible de comprendre, de saisir intelligemment, exactement, sincèrement et de façon intéressante ce qui nous arrive ici et maintenant. Je sentais que je ne supporterai pas d’avaler un nouveau mensonge ou une phrase, un geste mensongers à propos de la question des réfugiés, aussi belle soit l’intention avec laquelle ils les disent.

En un mot, c’est avec des préjugés et mal à l’aise que je suis entré m’asseoir pour regarder le film de Vranik Roland intitulé Le Citoyen. A la fin j’en suis sorti en titubant. Je ne pouvais ni cracher, ni avaler, comme celui qui aurait été frappé violemment à la gorge à coups de pieds. C’est pourquoi, maintenant, c’est avec un gosier douloureux mais de toutes mes forces que je vais essayer de vous convaincre d’aller voir ce film car de ma vie, je ne me souviens pas qu’un film hongrois, à la fois aussi bon et important, ait été tourné.

« Le Citoyen » est l’histoire d’amour entre Wilson, réfugié venu en Hongrie d’un pays d’Afrique dévasté par la guerre, âgé d’environ 60 ans, agent de sécurité dans un magasin et de Mária Herczeg professeur dans le quartier de Mátyásföld (quartier du nord-est de Budapest, ndlr). Wilson habite depuis des années en Hongrie et aimerait acquérir la citoyenneté hongroise mais il échoue toujours à l’examen des connaissances constitutionnelles de base. C’est alors qu’entre en scène Mari (diminutif de Mária, ndlr) qui accepte de lui donner des cours particuliers et parvient à lui inculquer les spécificités hongroises.

L’histoire de la rencontre est déjà en soi une histoire pleine d’intérêt et souvent comique, mais c’est le personnage de Shirin qui apporte la véritable tension dans l’histoire. La femme iranienne doit trouver dans l’urgence un mari hongrois et un lieu où se cacher, sinon elle sera expulsée dans son pays où ils l’exécuteront. Wilson et Mari la cachent dans leur logement, mais le fait de vivre enfermés à trois engendre rapidement des conflits insolubles.

Celui qui imagine que « Le Citoyen » est un film à propos d’une Hongrie à visage de gendarme et d’un réfugié africain bien intentionné, se trompe lourdement. L’équipe de Vranik dépeint une image beaucoup plus sophistiquée de la Hongrie actuelle. Wilson est bien accueilli par son entourage. A l’exception d’un collègue qui dénigre les noirs, les autres l’apprécient particulièrement et le choisissent même comme le travailleur de l’année dans le supermarché, il passe un merveilleux week-end dans un centre de wellness. Son patron le soutient en tout, avec son copain boucher ils font tourner l’argent au tippmix (jeu d’argent).

Ce ne sont pas les Hongrois qui le rejettent mais une force sans visage qui place toujours un nouvel obstacle en travers de l’acquisition de la citoyenneté. Le pouvoir ne se découvre jamais, il ne s’exprime jamais en face à face, il se terre toujours, s’excuse, tergiverse. Pendant ce temps, Wilson, tout en espérant, erre tel un personnage kafkaïen dans le labyrinthe obscur du système administratif hongrois, dans lequel on lui assène des coups tels que : « Nous regrettons mais on ne devient pas hongrois comme cela d’une minute à l’autre, surtout un africain ».

La scène la plus forte de ce processus a lieu quand Wilson, en désespoir de cause, frappe à la porte du palais Alexandre avec l’énorme heurtoir en fer (le palais Alexandre est la résidence du président de Hongrie, il est situé sur la colline de Buda). Il veut parler avec le président de la république. Cela ne marche pas car le président séjourne justement à Mexico.

Le rôle principal est interprété par le Dr. Cake-Bali Marcelo, réfugié en Hongrie depuis de nombreuses années, qui est par ailleurs conducteur de tramway à Budapest et n’a jamais joué dans un film. Roland Vranik l’a interpellé dans la rue et l’a sollicité pour le rôle principal. Je sais que je demande quelque chose de difficile mais imaginez un film hongrois dans lequel le principal acteur (de même que les autres) n’est pas maniéré, ne fait pas le cabotin, n’a pas de gestes théâtraux empotés, ne hurle pas, ne trotte pas inutilement. Il est simplement et toujours crédible et incroyablement intéressant.

Ce qui est le plus incroyable pour le spectateur hongrois dans tout le film, c’est qu’il n’y a pas dedans de dénouements poétiques pour faire beau. Nulle part il n’y a de scène haletante, ressemblant à une peinture ou un tableau. On ne voit pas des acteurs au visage ridé regardant longuement dans le lointain, il n’y a pas de longs plans forcés et remplis de lieux communs détestables, il y a simplement une histoire bien dosée, tendue, au rythme parfait. Je crois à tous les petits éléments de cette histoire. C’est une dramatique du niveau de Mike Leigh

Je ne veux pas parler de travers ni rater la chute mais Le Citoyen s’est faufilé dans mon esprit. A la fin du film je déglutissais de regrets, de honte, de fureur.

Allez le voir !

The Citizen – Trailer – Stockholm International Film Festival 2016 from Budapest Film Zrt. on Vimeo.