Le 23 octobre tourne au duel entre Orbán et Bajnai

Des dizaines de milliers de personnes ont assisté aux « festivités », officiellement pour commémorer le soulèvement hongrois contre le joug de l’URSS en 1956. De la marche de la paix « Békemenet » de soutien à Viktor Orbán au rassemblement MILLA avec en guest star l’ancien Premier ministre-technocrate Gordon Bajnai en passant par l’extrême-droite Jobbik, voici un petit compte-rendu NON EXHAUSTIF de ce qui s’est passé en cette fête nationale du 23 octobre 2012.

Démonstration de force des pro-Orbán

C’est une véritable marée humaine qui a déferlé depuis Moszkva tér (ou plutôt Széll Kalman tér) jusqu’au parlement en cette magnifique journée, avec pour mot d’ordre « Nous ne serons pas des esclaves du FMI et de l’UE« , alors que le pays est en âpres négociations pour l’obtention d’un prêt auprès de ces institutions. 400.000 personnes selon l’agence de presse nationale (MTI) ! Un chiffre tout à fait « sur-vitaminé », mais qui témoigne tout de même de la force de frappe de la Fidesz dès lors qu’il s’agit de mobiliser ses fidèles supporters dans tout le pays… et même au-delà : des milliers Hongrois de Roumanie et de Slovaquie ont fait le déplacement, organisé en autocars. Obtention facilitée de la citoyenneté hongroise, droit de vote, soutien financier pour leurs institutions culturelles, ils ne sont pas prêts d’oublier les largesses du gouvernement Orbán à leur égard.

A chaque génération hongroise son combat : en 1956, les tanks, en 2012, les banques… et leurs sbires : l’Union européenne et le FMI. « La guerre va recommencer. Ce qu’ils ont commencé contre le pays il y a un an, ils vont le répéter. De façon encore plus cruelle et plus raffinée, si c’est possible« , affirmait le journaliste et organisateur de la Békemenet, Zsolt Bayer, faisant référence à la précédente marche de la paix au mois de janvier qui, selon la nouvelle théorie de la droite, avait permis de sauver Viktor Orbán d’un complot international dirigé contre lui.

La Hongrie rejette le deux poids deux mesures et aucune institution de l’Union européenne ne peut « traiter les Hongrois sans respect« , a martelé le Premier ministre devant le parlement. « Nous allons respecter les engagements de la Hongrie, mais nous ne pouvons pas accepter que Bruxelles continue de punir le pays pour des erreurs commises par les précédents gouvernements socialistes« , a-t-il ajouté.

Milla : une rampe de lancement de luxe pour Gordon Bajnai

Le groupe Facebook « Un Million pour la liberté de la presse » (Milla) a encore fait un tabac en réunissant plusieurs dizaines de milliers de personnes au pied du pont Erzsébet. Selon les chiffres ingrats du Ministère de l’Intérieur, relayés par MTI, seulement 20.000 personnes. Selon une dépêche de l’AFP très généreuse au contraire avec les manifestants anti-Orbán : « Les manifestants étaient entre 50.000 et 100.000, selon des comptages de l’AFP et de plusieurs médias, comme le portail en ligne Index ou la radio d’opposition Klubradio ».

L’ancien Premier ministre intérimaire Gordon Bajnai – à la tête d’un gouvernement soutenu par le parti socialiste d’avril 2009 à mai 2010 – a annoncé une alliance entre Milla, le Mouvement Szolidaritas et le think-tank dont il est le directeur « Patrie et Progrès » baptisée : « Együtt 2014 » (Ensemble pour 2014). Son objectif principal : le retour de la constitutionnalité.

Avec deux victoires consécutives du parti socialiste contre la Fidesz à des (modestes) élections locales intérimaires et un sondage Ipsos indiquant un écart de popularité qui se resserre (20% pour la Fidesz, contre 16% pour le MSZP), la gauche se prend à rêver d’une victoire en 2014 contre Orbán « l’autocrate ».

Un invité surprise chez Jobbik…

L’extrême-droite ne fait plus recette dans la rue comme avant. Quelques petits milliers de personnes seulement ont assisté au rassemblement de Jobbik, sur Déak tér. Les poils des touristes français présents à Budapest ont dû se dresser en entendant la voix du Front National claquer contre les murs de la capitale. Car outre les habituels Gabor Vona (président du Jobbik) et Krisztina Morvai (eurodéputée Jobbik), Bruno Gollnisch, grande figure du Front National et eurodéputé, a été invité à prendre la parole.

Présent à Budapest pour le congrès de l’AEMN (Alliance européenne des mouvements nationaux), M. Gollnisch a fait une entrée fracassante en lançant à la foule le traditionnel « Adjon az Isten…!« , avec un accent presque parfait. « La nation hongroise qui a donné au monde tant de héros, de Saints, de martyrs de la liberté, n’a pas d’ordres à recevoir de Bruxelles. […] Vous avez le droit d’affirmer votre héritage spirituel chrétien dans le préambule de votre Constitution. […] Si l’injuste et affreux traité de Trianon a dépecé la Hongrie, il n’a pas tué le courage des Hongrois« , a-t-il cajolé une assistance peu habituée à tant de sollicitude de la part d’étrangers, Français de surcroît.

Crédit photo : Barikad.hu

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Corentin Léotard