La Russie abandonne South Stream, la Hongrie dans le gaz

La Russie a renoncé à la construction du gazoduc South Stream, a annoncé lundi en Turquie le PDG du groupe public russe Gazprom. En soutenant ce projet gazier, la Hongrie s’est isolée diplomatiquement de ses partenaires occidentaux. Pour rien au final. (Mise à jour mardi à 12h).

Le ministre russe du Développement économique Alexeï Oulioukaïev avait déjà évoqué il y a quelques jours un abandon possible du projet South Stream. Mais l’annonce de lundi est quand même un coup de tonnerre en Europe centrale et du sud-est.

Le président russe Vladimir Poutine a expliqué que la Russie ne pouvait pas poursuivre la réalisation du projet compte tenu de la position actuelle de la Commission européenne, qui considère qu’il n’est pas conforme aux normes du Troisième paquet énergie. Lequel interdit à des compagnies productrices du gaz de posséder des pipelines principaux dans l’Union européenne. Une disposition destinée à favoriser le projet alternatif Nabucco, soutenu par Washington autant que Bruxelles.

« Nous pensons que la position de l’Union européenne n’est pas constructive. En fait, plutôt que de soutenir le projet, la Commission européenne y a fait obstacle », a-t-il dénoncé, « si l’Europe ne veut pas de ce gazoduc, alors il ne sera pas construit », a justifié Vladimir Poutine.

Lire sur LeMonde.fr : Gazoduc South Stream : pourquoi la Russie a décidé de jeter l’éponge

La Bulgarie, le maillon faible

On savait les pays en amont de la Hongrie – la Bulgarie et la Serbie – soumis à une forte pression de la Commission européenne. Le Courrier des Balkans rappelle qu’à l’origine du revirement de la Russie, il y a « l’impossibilité d’obtenir la permission de la Bulgarie, premier pays de l’UE traversé par le gazoduc, de commencer les travaux. Une décision prise par Sofia sous la pression de Bruxelles. Au printemps, la Commission européenne avait interdit à la Bulgarie de commencer les travaux de South Stream en raison de la crise en Ukraine et des sanctions prises par l’UE contre la Russie. »

La Serbie se trouvait elle aussi dans une position très inconfortable depuis la déstabilisation de l’Ukraine et le coup de froid sur les relations internationales qui s’en est suivi : elle est une alliée traditionnelle de la Russie, mais espère intégrer l’Union européenne rapidement.

En Hongrie, beaucoup d’ « observateurs » et d’analystes politiques attribuaient les déboires diplomatiques de la Hongrie avec les Etats-Unis à son choix de South Stream. Le pays paraissait déterminé à construire son tronçon, malgré les pressions européennes et américaines. Début novembre, en pleine tempête diplomatique avec ses alliés occidentaux (accusant la Hongrie de « copinage » avec Moscou), le parlement hongrois se préparait à l’affrontement avec la Commission européenne en votant un amendement ouvrant la porte à la construction du gazoduc russe sur son territoire. Les travaux devaient débuter l’an prochain.

Ces derniers jours, la diplomatie hongroise a semblé rétro-pédaler, en envoyant des signaux à l’OTAN pour lui réaffirmer ses engagements et sa loyauté, ainsi qu’en affirmant son soutien aux sanctions contre la Russie.

Le site Index.hu écrit :

« Pour Viktor Orban, cette décision est une assez grande claque, alors que nous étions prêts à commencer la construction du gazoduc. Et pendant plusieurs années, ses détracteurs ne manqueront pas de lui rappeler ».

Source : Ria Novosti, Le Courrier des Balkans

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