Journée du 8 mars : les Polonais toujours mobilisés

Cette année, la Journée internationale des droits des femmes a été marquée par un appel à la grève inspiré par le succès du Czarny Protest organisé en Pologne le 3 octobre dernier. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont pris part aux manifestations ce 8 mars à Varsovie et dans plusieurs villes du pays dans un contexte politique tendu. Barbara Nowacka, grande figure de la lutte féministe en Pologne, témoigne pour Hulala.

A l’instar de millions de personnes dans le monde, les Polonais ont défilé dans 80 villes ce mercredi 8 mars à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Environ 17 000 personnes ont pris part aux manifestations à Varsovie, d’après des chiffres communiqués par la mairie. Le dimanche précédent, 4 000 manifestants s’étaient déjà rassemblés dans la capitale afin de protester contre la restriction d’accès à la contraception proposée par le PiS, le parti au pouvoir depuis fin 2015.



Barbara Nowacka, représentante du comité «Sauvons les femmes» («Ratujmy Kobiety»).

Cette année, la célébration avait pris une tournure plus militante avec un appel à la grève lancé dans 50 pays pour montrer la contribution des femmes au fonctionnement de l’économie. Une initiative originaire de Pologne, où les droits des femmes sont depuis quelques temps régulièrement menacés par la droite conservatrice. « En l’espace d’un an, le PiS a détruit de nombreuses avancées en matière d’égalité des sexes », explique à Hulala Barbara Nowacka, tête de liste de la gauche unie lors des dernières élections législatives et récente lauréate du prix Simone de Beauvoir pour avoir réussi à faire reculer le gouvernement polonais sur le durcissement de l’accès à l’IVG avec le comité «Sauvons les femmes» («Ratujmy Kobiety»).

« Stopper les ultra-conservateurs fanatiques »

Cet appel s’inscrit notamment dans le sillage de la « protestation noire » (Czarny Protest), laquelle avait fait descendre dans la rue plusieurs dizaines de milliers de Polonais en octobre dernier. L’enjeu était de s’opposer par la grève à un projet de loi visant à revenir sur le droit à l’avortement des femmes polonaises. « La manifestation du 3 octobre 2016 a marqué un changement en Pologne. Les militant(e)s ont pu se rencontrer, voir qu’ils étaient forts et déterminés, nous avons de l’espoir », selon Barbara Nowacka. « Je pense que nous avons apporté de l’espoir à beaucoup d’autres femmes qui se battent pour l’égalité et la justice. À notre manière de vouloir stopper les ultra-conservateurs fanatiques avec nos manifestations géantes, en réunissant les femmes dans les grosses villes mais aussi à la campagne, dans des régions plus traditionnelles, on a donné à d’autre femmes la force de manifester, de marcher, de se faire entendre et de se battre. Et elles protesteront tant que nous n’aurons pas l’égalité des genres, des droits et des salaires », conclut-elle.

« Les mœurs traditionalistes des religions qui sont responsables des violences faites aux femmes ».

Autre grief des manifestants à l’encontre du PiS, l’annonce en décembre dernier du retrait de la Pologne de la Convention d’Istanbul, traité conclu par le Conseil de l’Europe en mai 2011 en faveur de la protection contre la violence contre les femmes et les violences domestiques. « Droit et Justice est contre la Convention d’Istanbul depuis le début. Cette convention est un document progressiste qui pointe du doigt les mœurs traditionalistes des religions qui sont responsables des violences faites aux femmes », précise Barbara Nowacka, « c’est un concept inacceptable pour le PiS. Il est également contre un contrôle international du respect de cette convention. Donc si la Pologne n’abandonne pas la Convention, le PiS ne la respectera tout simplement pas ».

Obscurantisme au parlement européen – Une semaine avant la Journée des droits des femmes, c’est au Parlement européen qu’un Polonais avait suscité railleries et indignation au sujet de sa conception toute particulière de l’égalité des sexes. Le député européen non-inscrit Janusz Korwin-Mikke avait ainsi déclaré que « les femmes doivent gagner moins que les hommes, parce qu’elle sont plus faibles, elle sont plus petites et elles sont moins intelligentes ». Et de se justifier en évoquant l’absence de femme dans le classement des 100 meilleurs joueurs d’échecs mondiaux. Ces déclarations, Ewa (le prénom a été changé), 21 ans, serveuse et étudiante à Varsovie, ne les avait même pas remarquées. Mais, « les positions de Korwin à ce sujet sont bien connues et beaucoup de gens ne sont plus surpris. C’est une conclusion assez triste, mais on s’habitue à ce genre de déclarations ».

Yohan Poncet