En Hongrie, résultats contrastés en matière de pauvreté

Eurostat, l’agence de production de statistiques de l’Union européenne a publié son rapport annuel lundi, à l’occasion de la Journée internationale des Nations Unies pour l’élimination de la pauvreté. La situation en Hongrie reste contrastée.

Au niveau de l’Union européenne, de l’Europe centrale et de de la Hongrie, le taux de personnes en «risque de pauvreté ou d’exclusion sociale» enregistré par Eurostat est revenu à ce qu’il était en 2008, avant la crise financière et économique mondiale. En Hongrie, 28,2 % de la population était touchée en 2015 contre 33 % deux ans plus tôt, soit 2 300 000 personnes. Ces chiffres ne sont pas forcément une bonne nouvelle pour les Hongrois, dans la mesure où cet indicateur n’est pas une mesure de richesse ni des inégalités, mais se contente de comptabiliser «les  personnes qui étaient affectées par au moins une des trois conditions suivantes: en risque de pauvreté après transferts sociaux (…), en situation de privation matérielle sévère ou vivant dans des ménages à très faible intensité de travail».

Des indicateurs dans le rouge, sauf sur le front de l’emploi des plus pauvres

Si l’on regarde les chiffres dans le détail, en Hongrie, la part des personnes présentant un risque de pauvreté après transferts sociaux (ce que l’on appelle la «pauvreté monétaire») est passée de 12,4% à 14,9% entre 2008 et 2015 contre 16,5% et 17,3% pour l’ensemble de l’Union européenne. Selon la définition d’Eurostat, cette mesure permet «d’offrir un point de comparaison des bas revenus par rapport aux revenus des autres habitants d’un pays donné». Ce taux est calculé de façon relative : il comptabilise la part des ménages ayant un revenu disponible (c’est-à-dire prêt à être dépensé. En ce qui nous concerne, après versement des minima sociaux) inférieur au seuil de risque de pauvreté, fixé à 60 % du revenu disponible équivalent médian national après transferts sociaux. Comme le rappelle l’Observatoire des inégalités, les mesures relatives de la pauvreté ou du risque de pauvreté ne tiennent pas compte de l’évolution du niveau de vie ou du revenu médian, ce qui signifie que les taux mesurés peuvent être perçus comme en baisse lorsqu’une société, dans son ensemble, s’appauvrit.

La société hongroise, une poire pourrie !

Concernant la privation matérielle sévère, l’on observe un net décrochage de la Hongrie par rapport à l’ensemble des pays européens. Entre 2008 et 2015, le taux de personnes appartenant à cette catégorie est passé de 17,9% à 19,4%, contre 8,5% à 8,1% pour l’ensemble de l’Union européenne. À titre de comparaison, ce taux est passé de 17,7% à 8,1% en Pologne, de 11,8% à 9,0% en Slovaquie et de 6,8% à 5,6% en Tchéquie voisines. Les résultats sont au contraire particulièrement favorables à la Hongrie en ce qui concerne le taux de ménages en faible intensité de travail, avec une évolution de 12,0% à 9,4% entre 2008 et 2015, contre 9,2% et 10,5% pour l’ensemble des pays européens.

La «société du travail» du Fidesz mise en cause

Ces résultats contrastés traduisent bien la politique hétérodoxe menée par le gouvernement de Viktor Orbán sur le front du développement économique et de l’emploi. Si le pays affiche de bons taux de croissance, l’on observe les limites de la «société du travail» promue par le Fidesz, dans la mesure où elle produit une dégradation nette des conditions de vie des plus pauvres. Le durcissement du cadre de versement des prestations chômage, notamment la limitation de la période d’indemnisation à 3 mois ou encore l’obligation de travailler pour un service d’intérêt général afin de toucher un taux plein, semblent être les principaux responsables des résultats observés. Sans compter pour les basses franges de la classe moyenne et les classes populaires les effets de la dégradation des services publics de la santé et de l’école.

Le petit parti parlementaire de gauche Párbeszéd (Dialogue) a organisé un flashmob lundi sur Kossuth tér, devant le parlement, étalant 400 cuillères sur le sol pour attirer l’attention sur la pauvreté infantile. La coprésidente du parti, Tímea Szabó, a déclaré aux journalistes que plus de quatre millions de personnes vivent avec moins de 90 000 forint par mois en Hongrie (300 euros). Selon elle, le nombre d’enfants vivant dans la pauvreté a augmenté de 38 % à 42 % de 2010 à 2014 et plus d’un demi million de personnes vit dans des maisons sans toilettes. La députée en a profité pour décocher une flèche contre le gouvernement : «[et pendant ce temps là] nous devenons le pays des voleurs avec des gens comme Antal Rogán, János Lázár, Andy Vajna et György Matolcsy».

La sociologie hongroise est aussi un sport de combat

Ludovic Lepeltier-Kutasi