Brexit : «La Hongrie et la Pologne soutiennent le « moins d’Europe »»

Pour Edit Zgut, du think tank Political Capital, un Brexit aurait forcément des conséquences sur la perception de l’Union européenne en Europe centrale, mais un « Hunxit » n’est pas à l’ordre du jour.

Edit Zgut - Political Capital.
Edit Zgut – Political Capital.

Hulala : Y a-t-il une position commune des pays du groupe de Visegrád (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie : V4) sur la question du référendum britannique ?

Edit Zgut : Les pays du V4 ont récemment déclaré qu’ils aimeraient voir la Grande-Bretagne rester au sein de l’Union européenne et qu’ils ne soutenaient pas l’idée d’un Brexit. Le Ministre hongrois des Finances, Mihály Varga, a annoncé que le Brexit aurait un impact estimé de 0,3-0,4 % sur la croissance économique hongroise et pourrait avoir un impact aussi sur le système de cofinancement européen, étant donné que la Grande-Bretagne est un contributeur net au budget de l’Union européenne.

On dit que les pays d’Europe centrale partagent la vision britannique d’une Union européenne marché plus qu’espace d’intégration politique.

La Hongrie et la Pologne ont ouvertement soutenu la position britannique du « moins d’Europe » et une plus grande souveraineté pour les États membres. Mais quand on vient à un autre point crucial, comme la libéralisation des services, la Hongrie et la Grande-Bretagne ne peuvent pas être sur la même position. En ce qui concerne le deal britannique (qui serait mise en œuvre si la Grande-Bretagne reste dans l’UE), le Fidesz, le Jobbik et le LMP ont soutenu la majeure partie du plan de réforme de Cameron contre la centralisation de Bruxelles et pour le moins d’Europe, ne s’opposant qu’à une seule chose : la discrimination contre les travailleurs étrangers. L’ironie, c’est que cela pourrait ouvrir la boîte de Pandore et resserrer l’accès aux autres marchés du travail des pays comme l’Allemagne et l’Autriche pour les travailleurs est-européens.

En cas de Brexit, tout dépendra de la direction que va prendre l’UE. Comme il y a un certain manque d’appétit pour une Europe fédérale – même parmi les pays fondateurs comme la France ou l’Allemagne – les pays du V4 pourraient avoir la chance de ne pas se retrouver exclus d’une Europe approfondie.

Un Brexit pourrait-il donner des idées à d’autres pays de l’Europe centrale ?

Le gouvernement tchèque a déjà annoncé que, dans le cas d’un Brexit, Prague se réservait le droit de mettre sur la table le sujet d’un référendum, mais il y a eu un manque de volonté politique des députés au Parlement tchèque.

Le gouvernement hongrois a annoncé qu’il n’y aurait pas de « Hunxit », aucun des partis hongrois ne soutenant officiellement la sortie de la Hongrie (ni de la Grande-Bretagne) de l’Union européenne. Bien que Jobbik (ndlr : extrême-droite) réclame depuis longtemps un référendum sur l’UE et que le parti a déjà brûlé le drapeau européen publiquement.

Viktor Orbán a utilisé l’expression « Il y a une vie en dehors de l’UE » pour la première fois en 2002 et il a eu recours à cette rhétorique eurosceptique de temps à autre, comme un jeu politique, dans le cadre de sa « lutte pour la liberté » face à l’Occident. Mais du point de vue économique, Orbán est conscient que l’isolement aurait peu de sens pour la Hongrie qui, en raison de sa situation économique et géographique, réalise la majorité de ces échanges commerciaux avec les autres marchés de l’UE. Il ne faut pas publier non plus les fonds de cohésion de l’Union européenne, qui facilitent le développement économique et social : 97% des projets de développement réalisés en Hongrie ont été cofinancés par l’Union européenne (il reste à voir comment la Hongrie va se comporter après 2020, lorsque ces fonds auront été sévèrement réduits ou si le « gâteau sera plus petit » avec le budget-cadre des sept prochaines années).

Mais un Brexit pourrait sans aucun doute devenir un élément du processus de désintégration de l’Union européenne. Il pourrait avoir un impact sur l’opinion publique hongroise et la confiance dans une Europe affaiblie pourrait chuter encore plus.

Photo : David HOLT / creative commons