Gyurcsany s’entête à vouloir réincarner l’opposition

Le traditionnel discours à la nation de début d’année du premier ministre, lundi, était bien fade. Un paquet d’annonces vagues, sans réelles propositions concrètes : « 2011 sera l’année du renouvellement, 2012 celle du décollage, 2013 celle de la reprise économique, et 2014, celle de l’enrichissement » a déclaré Viktor Orban en direct sur HirTV, à 15h. Le 18 février prochain, il recommencera à l’occasion du premier anniversaire de son gouvernement (même si ce dernier n’a pris ses fonctions qu’en avril 2010). Du côté de l’opposition aussi, on compte faire un discours ce jour-là. Et c’est la figure historique du MSzP, l’ancien premier ministre Ferenc Gyurcsany, qui s’est imposé le premier, en grillant la politesse à l’actuel président du parti, Attila Mesterhazy.

Dans son discours lundi, Viktor Orban a simplement affirmé une nouvelle fois ce que tout le monde sait déjà. Pour atteindre ses objectifs d’ici à 2014, le gouvernement devra d’abord se baser sur une nouvelle Constitution, « pour en finir avec le passé et sécuriser l’avenir« . A partir de là, il pourra s’atteler à réduire drastiquement la dette publique, en partie en s’attaquant au chômage et surtout aux allocations.

La nécessité d’une opposition sans Gyurcsany ?

Les grandes figures de la politique contemporaine hongroise ne sont décidément pas prêtes de changer… Pour contrecarrer l’auto-satisfaction d’Orban dans les médias nationaux, Ferenc Gyurcsany espère encore pouvoir endosser le costume du chevalier blanc. Ainsi, en coupant l’herbe sous les pieds d’Attila Mesterhazy, il a annoncé avant tout le monde qu’il prononcera un discours le 18 février, portant sur la situation du pays, du gouvernement, mais aussi sur celle de l’opposition et plus particulièrement du parti socialiste.

Pauvre Mesterhazy. Il faisait déjà office de « martyr » pendant la campagne des législatives 2010, déroute historique annoncée du MSzP. C’est maintenant confirmé : il n’est qu’une marionnette dans son parti face à « l’éléphant » Gyurcsany. En tant qu’ennemi juré de la Fidesz et d’une bonne partie du peuple hongrois, cette volonté répétée de revenir sur le devant de la scène représente un pari risqué pour l’ancien premier ministre.

Un tantinet vexé, Mesterhazy aurait déclaré que le MSzP a surtout besoin de donner l’image d’un parti uni. Cela ne semble pouvoir se faire que s’il accepte de ne pas polémiquer. Au vu de la sociologie électorale actuelle en Hongrie, l’opposition au sens large pourrait bien avoir besoin d’une coalition MSzP – LMP, formant ainsi une « gauche plurielle » à la hongroise. Mais compte tenu de l’importance du passé dans l’imaginaire collectif hongrois, qui l’emporte souvent sur le futur, le pari de Gyurcsany est donc surtout risqué pour la crédibilité de l’opposition toute entière. Reste à trouver un autre personnage fort dans le paysage politique hongrois pour l’incarner.

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