Petite révolution de palais chez les socialistes hongrois

Gyula Molnár a été désigné samedi dernier nouveau chef du Parti socialiste hongrois (MSzP), en battant le président sortant József Tóbiás par 176 voix contre 133. Élu pour une période de deux ans, l’ancien maire du XIe arrondissement de Budapest devra mettre le parti en ordre de bataille pour les législatives de 2018, sans pour autant mener la liste qui s’opposera à Viktor Orbán.

Réunis en congrès samedi dernier, les socialistes hongrois ont désigné leur nouveau président au terme d’une élection à deux tours, à laquelle se sont présentés quatre candidats : Tamás Harangozó, Tibor Szanyi, Gyula Molnár, et le président sortant József Tóbiás. En tête avec 121 des suffrages, Gyula Molnár a dû se résigner à un second tour face à József Tóbiás, arrivé second avec 99 voix.  L’issue du duel a été nette et sans appel : avec le soutien de 176 congressistes sur 309, Gyula Molnár est parvenu à déloger József Tóbiás après un mandat de deux ans à la tête du MSzP.

Gyula Molnár. Crédit : Index.
Gyula Molnár. Crédit : Index/MTI.

Successeur peu connu d’Attila Mesterházy après la déroute du parti aux législatives 2014, József Tóbiás a été confronté à la concurrence agressive de la Coalition démocratique (DK) de Ferenc Gyurcsány durant ses deux années à la tête du mouvement socialiste. Bien que le MSzP reste le premier parti de gauche selon les enquêtes d’opinion, celui-ci n’a jamais réussi sous son mandat, à reconstituer son ancien socle électoral, ni à contenir la fragmentation de l’opposition progressiste parlementaire, aujourd’hui divisée en cinq partis. Sans rien arranger à l’affaire, de nombreux congressistes ont reproché à Tóbiás le soutien de deux personnalités contestées : le très peu populaire Ferenc Baja, président de la fondation Táncsis [le think tank du MSzP, ndr] et le très controversé Tamás Katona, à qui beaucoup reprochent d’avoir abusé de sa fonction de secrétaire général pour glaner des soutiens en faveur de son candidat.

A l’inverse, le succès de Gyula Molnár s’explique surtout par son discours d’ouverture vers les syndicats et la société civile, cœur battant de l’opposition à Viktor Orbán depuis 2010. Soutenu en raison d’une forte volonté de changement exprimé par les congressistes, convainquant également une partie des soutiens des deux candidats malheureux issus de l’aile gauche, le nouveau président du MSzP n’a pas pour autant désavoué la ligne sociale-libérale, majoritaire au sein du parti depuis le début des années 2000. Ce tournant idéologique inspiré de la Troisième voie du couple Tony Blair-Gerhard Schröder, avait abouti, entre 2002 et 2010, à justifier le démantèlement de l’État-providence par trois premiers ministres socialistes, sans pour autant enrayer le déclassement social massif de l’ancienne classe moyenne kadarienne, pourtant cœur de l’électorat du MSzP.

« Je crois, que le seul mandat que j’ai reçu, c’est que l’on batte le Fidesz aux prochaines élections. » (Gyula Molnár)

Élu avec un score serré dans un congrès consensuel quant à la ligne politique du parti, Gyula Molnár estime qu’«il faut mettre en sourdine les débats internes et se concentrer sur l’échéance de 2018», date des prochaines échéances législatives. La petite révolution de palais du congrès de samedi dernier n’est pas tant le reflet d’une volonté de changer de ligne politique, mais plutôt d’une envie de revoir la stratégie du parti envers un électorat encore considéré comme «naturel». Réaffirmant l’engagement européen des socialistes hongrois et l’attachement à l’économie de marché, il a par ailleurs donné de nombreux signaux en direction des groupements de gauche dissidents, notamment ceux de la Coalition démocratique, afin de restaurer une offre politique unitaire face au Fidesz.

En choisissant un homme d’appareil comme chef de parti, les caciques du MSzP cherchent essentiellement à capitaliser sur l’ancrage territorial des socialistes, qui explique à lui-seul son leadership sur les autres partis de gauche. De ce point de vue, le choix de Gyula Molnár, ancien responsable des jeunesses communistes, ancien député, ancien maire du XIe arrondissement de Budapest et ancien président des socialistes de la capitale, est cohérent. Désigné pour mettre le parti en ordre de bataille, il est déjà acquis que ce n’est pas lui qui prendra la tête du combat contre Viktor Orbán en 2018. Ayant déjà pris position pour une candidature du maire de Szeged László Botka en cas de désignation interne, Gyula Molnár a aussi évoqué l’option d’une primaire ouverte, estimant néanmoins qu’il était «trop tôt pour en parler».

Souhaitant «bonne chance» à Gyula Molnár, le Fidesz a réagi en estimant que les socialistes «n’avaient rien appris de leurs erreurs» en mettant à leur tête des personnalités qui étaient déjà aux affaires dans les années 1990.

Ludovic Lepeltier-Kutasi