The Grand Budapest Hotel : le film qui n’a de Budapest que le nom

Les amateurs de réalisme historique et ceux qui rêvent de retrouver une reproduction de la Hongrie d’entre-deux guerres doivent être prévenus : il ne s’agit pas du tout de cela dans le nouveau long métrage de Wes Anderson. Dans un pays imaginaire, au milieu de guerres inventées, c’est plutôt une ambiance romanesque inspirée de l’Europe de l’Est en général que l’on trouvera dans The Grand Budapest Hotel.

Grand Prix du jury au festival de Berlin, le prochain film de Wes Anderson est très attendu. Casting époustouflant (Bill Murray, Tilda Swinton, Edward Norton, Willem Dafoe, Adrian Brody…) et premières images très alléchantes, le réalisateur de Moonrise Kingdom, Fantastic Mr. Fox et Darjeeling Limited signe un nouveau film très abouti. On y trouve un directeur d’hôtel, Gustave H (Ralph Fiennes), son garçon d’étage, Zero Moustafa (Tony Revolori), un tableau de valeur, une histoire d’héritage, des troupes fascistes et de grands méchants très sombres. Le tout très librement inspiré de l’histoire de l’Europe d’entre-deux guerres, de la chute de l’empire austro-hongrois, des agressions allemandes, de l’œuvre de Stephan Zweig et de la théorie de Dean Acheson. Autant dire que chacun y trouvera les références qu’il veut et y projettera ce qui compose son imaginaire concernant cette période.

Un hôtel réel pour un lieu imaginaire

Car malgré son nom, The Grand Budapest Hotel ne se déroule pas du tout en Hongrie. Zubrowka, le nom du pays imaginaire dans lequel Anderson a choisi de placer son récit, rappelle plutôt la Pologne. Et c’est à Görlitz, petite ville allemande à la frontière polonaise, que le film a été tourné. C’est là-bas que ce trouve l’hôtel qui sert de cadre à l’intrigue du film et qui n’est pas un décor. La prison, la pâtisserie Mendl et le Kunstmuseum que l’on peut apercevoir à l’écran sont également en Allemagne, tous comme les studios de Babelsberg dans lesquels ont été tournés quelques scènes. Pour enrober ce délicieux salmigondis d’Europe centrale, le compositeur français Alexandre Desplat signe une bande originale où se mélangent toutes les influences, de la musique moldave au yodel en passant par les balalaïkas.

Des éléments réels empruntés à l’Histoire pour créer un espace de fiction, voilà qui pourra surprendre certains. Et malgré les allusions à de douloureux épisodes de notre histoire, le film reste « agressivement apolitique » (The Wrap). Oubliez donc tout réalisme historique et allez voir The Grand Budapest Hotel pour savourer un film magique, retrouver tout ce que vous aimez de l’ambiance des années 30 et de l’Europe de l’Est et imaginer le charme suranné de Budapest.

Et passez prendre une tasse de thé chez Auguszt en sortant.

En salles en Hongrie le 20 mars.