Entretien avec l’éditrice de l’auteur tchèque Michal Ajvaz

Le romancier, essayiste, traducteur et poète tchèque Michal Ajvaz revient avec l’Age d’Or, son nouveau roman paru en août et traduit du tchèque par Michel Pacvoň et Aline Azoulay. Interview de Sophie de Lamarlière, directrice de la maison d’édition Mirobole[1]Une maison d’édition créée en 2012 à Bordeaux, dans le but de fait découvrir des auteurs étrangers (bulgares, russes, moldaves, turcs, etc.) de tous genres au lectorat français.

Michal Ajvaz est déjà connu du public français qui avait pu lire son précédent roman L’Autre ville, déjà aux éditions Mirobole. Il avait reçu le prix européen des Utopiales en 2015, un des nombreux prix littéraires qui lui ont été décernés tout au long de sa riche carrière. L’Age d’Or raconte le retour imaginaire d’un homme sur une île où il a vécu plusieurs années auparavant. Il y retrouve les sensations, sonores, visuelles, olfactives qui entraînent le lecteur dans une exploration de cette île envoûtante et mystérieuse. Kino Visegrad a posé quelques questions à l’éditrice sur ce nouvel ouvrage et la littérature d’Europe centrale.

Comment avez-vous repéré ce livre et qu’est ce qui vous a décidé à l’éditer ?

Sophie de Lamarlière : Nous avions déjà publié L’Autre ville et j’ai toujours été fascinée par l’univers magique de l’auteur et ce qu’il nous dit du pouvoir de la littérature et de l’imagination, de nos sens qui nous trompent, de notre désir inassouvi de liberté et d’une radicalité dans la découverte des autres mondes que nous portons.

Selon vous, quel public pourra être touché par le livre et y-a-t-il une stratégie particulière pour atteindre ce public ? 

J’imagine que les amoureux de la littérature se porteront davantage vers ce livre que les lecteurs occasionnels, quoique… Ceux-ci sont parfois surprenants et admirables dans leurs choix !

Avez-vous déjà publié d’autres livres tchèques, slovaques, polonais ou hongrois ? 

Oui, en littérature tchèque nous avons publié l’écrivain Jaroslav Rudis et sa très puissante et dérangeante Avenue Nationale et nous publierons l’an prochain la très talentueuse Bianca Bellova, Prix du livre européen et Magnesia Litera, pour son roman initiatique L’Esprit du lac (le titre est provisoire). En littérature polonaise, outre Zygmunt Miloszewski, très connu pour ses romans policiers admirables, nous avons eu le bonheur de redécouvrir Marek Hlasko, mort en 1969 et auteur d’une oeuvre intemporelle : La Mort du deuxième chien (2017) et Converti à Jaffa (début 2018).

Selon vous, quelle sont les perspectives pour les auteurs originaires de ces quatre pays, ou plus largement d’Europe de l’est de toucher les lecteurs français ?

Les éditeurs français, les organisateurs d’événements littéraires, les libraires et les journalistes doivent donner enfin à ces littératures toute la place qu’elles devraient occuper. Nous sommes trop tournés vers les pays anglophones dans nos lectures, mais je suis persuadée que la vraie Europe ne se construit pas par la politique mais par la culture et les livres ! Lisons nos voisins hongrois, tchèques, bulgares…, et comprenons ce qui nous différencie mais aussi ce qui fait notre spécificité commune, ce qui fait de nous une si belle civilisation.

Photo : Michal Ajvaz en 2012 à Prague (Ondřej Lipár / Wiki Commons).

Notes   [ + ]

1. Une maison d’édition créée en 2012 à Bordeaux, dans le but de fait découvrir des auteurs étrangers (bulgares, russes, moldaves, turcs, etc.) de tous genres au lectorat français.
Camille Burgess