En Pologne, les conservateurs s’attaquent à l’école

Les enseignants étaient en grève vendredi. Ils protestent contre le démantèlement du système éducatif, la suppression du collège, la « réécriture » des manuels d’histoire…

Réforme express

Promulguée en janvier, sans aucune concertation, la loi sur la réforme de l’Éducation sera appliquée dès septembre. Elle détricote un système instauré en 1999, qui a pourtant placé la Pologne parmi les meilleurs élèves des classements internationaux Pisa. « C’est un retour au modèle communiste », résume Piotr Podemski, expert en éducation auprès de la fondation Geremek.

Suppression du collège

L’école primaire débutera à l’âge de 7 ans (contre 6 ans actuellement) et durera huit années, au lieu de quatre. Le lycée passera de trois à quatre ans. Mais la suppression des collèges s’annonce un vrai casse-tête pour les régions qui doivent, en quelques mois, repenser la distribution des établissements et des enseignants. 30 000 postes pourraient être supprimés au passage, estiment les associations.

Programmes revisités

Ce qui alarme le plus les associations, ce sont les nouveaux programmes. « L’histoire sera réécrite avec un point de vue nationaliste, centré sur la Pologne et non ouvert au monde. La théorie de l’évolution pourrait être supprimée en biologie et les cours d’éducation sexuelle seront écrits par une femme qui croit que tous les contraceptifs sont néfastes parce que les femmes ont besoin de sperme ! » se désole Piotr Podemski, qui regrette que les noms des rédacteurs des nouveaux programmes ne soient pas rendus publics. Pire : « Les élèves ne seront plus encouragés à poser des questions, ils devront se contenter d’écouter le prof ! »

Pour le bien des élèves ?

À Varsovie, les institutrices de l’école publique catholique piariste y voient tout de même certains avantages : huit années d’école primaire « permettent de mieux suivre les élèves et d’éviter les problèmes à la période de l’adolescence, un âge difficile », estime par exemple Sylwia, professeure d’anglais. Elle promet de ne rien changer à ses cours, mais déplore déjà devoir remplacer tous les manuels.

L’opinion divisée

Après avoir manifesté à plusieurs reprises, ces derniers mois, des milliers d’enseignants se sont mis en grève vendredi 31 mars. Une première depuis dix ans. Un combat pas toujours bien compris : selon un récent sondage de CBOS, un Polonais sur deux ignore ce que contient cette réforme. Un tiers s’y oppose, un tiers l’approuve et un tiers… est divisé.

Justine Salvestroni