Cinéma : la 18e édition du festival Titanic à l’arrachée

En temps de crise économique, la culture donne bien souvent des leçons à ceux qui ne jurent que par les « gros sous ». Titanic (malgré son nom) a toujours été un petit festival international de cinéma loin d’avoir une réputation mondiale, mais il est la référence du genre en Hongrie. Froufrous et paillettes mis à part, il n’a pourtant pas grand chose à envier aux « grands » sur le plan du line-up. Cette année, faute de soutien financier de l’Etat hongrois, il a lieu in extremis et sa durée a d’ailleurs été réduite à 8 jours au lieu de la dizaine habituelle. Malgré tout, Titanic est encore bien là et n’offre pas moins de 52 films venant de 20 pays différents au public hongrois. Chapeau !

par Isma Hassaïne-Poirier et Hulala

Jusqu’au 16 avril, le 18e festival Titanic investit, comme tous les ans, 4 cinémas indépendants du centre-ville de Budapest : Uránia, Toldi, Kino et Örökmozgó. Parmi les sept films en compétition cette année nous avons retenu trois d’entre eux, de la chronique sociale iranienne à la rétrospective historique d’une figure du terrorisme international, en passant par un film d’auteur et d’action fort en message politique.

Fasle Baranhaye Mousemi

Vendredi dernier, c’est Rainy Seasons (titre original : Fasle Baranhaye Mousemi), premier long-métrage du cinéaste iranien Majid Barzegar, qui a ouvert l’événement. Le pitch : Sina, 16 ans, vit seul au domicile familial depuis que ses parents en instance ont décidé de ne plus vivre sous le même toit. Alors lorsque se présente Nahid, jeune et jolie  étudiante fraîchement débarquée à Téhéran et à la recherche d’un toit, Sina se propose de l’accueillir (photo). Le fait que deux jeunes adultes de sexes opposés qui ne sont pas mariés cohabitent dans le même appartement sans surveillance à Téhéran n’est, étonnamment, pas une problématique du film. En fait, ce qui tourmente Sina, c’est l’argent qu’il doit à un petit malfrat avec lequel il aurait trempé dans une affaire de drogue louche.

Pourtant, ce film regorge d’autres aspects intéressants : l’adolescence et le fait que Sina soit livré à lui-même, la relation entre Nahid et lui, teintée de non-dits et d’attirance. Les deux jeunes comédiens principaux, Navid Layeghi Moghadam and Marzieh Khoshtarash, sont crédibles dans leurs rôles d’adolescents dont l’innocence est confrontée à de vrais problèmes d’adultes. Mais le film effleure ces questions sans réellement s’y attarder, et c’est dommage. En revanche, la dette de Sina envers le voyou qui le rackette, Massoud, occupe une place plutôt importante. Un film intéressant, donc, mais qui laisse comme un sentiment d’inachevé au spectateur.

Essential Killing : Vincent Gallo sans un mot

L’année dernière, ce film a été récompensé du grand prix du jury à la Mostra de Venise. Des paysages arides de l’Afghanistan aux forêts enneigées d’Europe, le réalisateur polonais Jerzy Skolimowski nous raconte la capture et la fuite d’un prisonnier politique poursuivi par une armée dont on ne connaît pas vraiment l’origine. Pas un mot. Pas un seul mot prononcé par le personnage principal de cette chasse à l’homme haletante. Et pourtant, il emmène le spectateur, alerte et suspendu à sa respiration saccadée, dans sa fuite et son combat pour rester en vie.

Dans ce film, pas de repères et très peu de paroles. Le silence crée une atmosphère fébrile. On suit les pas chancelants d’un prisonnier échappé qui tue pour se nourrir dans un environnement hostile et inconnu. On ne sait pas grand-chose de lui, sinon ce que nous révèle les quelques moments de flash-back  dispersés tout au long du film et montrant une femme en burka et un enfant, ou encore des paysages désertiques. Vincent Gallo (photo), qui campe le personnage principal, est remarquable. A la fois  incroyablement attachant et capable d’une cruauté quasi-bestiale, il éblouit par son talent et son jeu qui se passent de dialogues. Sa performance justifie largement le prix d’interprétation masculine que l’acteur a reçu à la Mostra de Venise en 2010.

Le réalisateur a délibérément choisi de ne pas spécifier l’endroit de l’action ni même le nom du personnage principal, dans l’optique de ne pas en faire un film politique. Même si, dès le début du film, les scènes de prisonniers en combinaison orange et bonnet noir, se faisant torturer par des militaires américains nous rappellent aisément une actualité qui n’est pas si lointaine que cela…

Carlos : de Paris à Beyrouth, sans passer par Visegrád

Les nostalgiques des grandes années du terrorisme activiste international ne s’ennuieront pas une minute devant ce film long de près de 3 heures. Car malgré sa durée, le film va à toute vitesse. Ilich Ramirez Sanchez a.k.a Carlos est la figure centrale d’un curieux mélange politique et artistique des années 70 – 80 : révolutionnaire « romantique » à ses débuts, sa destinée historique  trouve assez vite les limites de l’utilisation de la violence politique pour la « bonne » cause, et le réalisateur, Olivier Assayas, met bien le spectateur à juste distance pour réconcilier moralement ceux qui seraient « pour » et ceux qui seraient « contre » les actes terroristes de celui qui est devenu une véritable star dans ces années de guerre froide.

Le spectateur hongrois averti regrettera simplement qu’Olivier Assayas n’ait pas traité les escapades campagnardes du « Chacal » à Visegrád, au nord de Budapest, où il aimait se détendre même si – et les locaux peuvent encore en témoigner- il était sans cesse marqué à la culotte par les services de sécurité hongrois, camouflés tantôt en pêcheur du Danube, tantôt en vacanciers de passage… Pour en savoir plus sur l’histoire rocambolesque de Carlos en Hongrie, il faudra lire l’enquête de László Liszkai publiée au Seuil en 1992 : « Carlos, à l’abri du rideau de fer ».

Notre Jour Viendra : « Touche pas à mon pote rouquin »

Mention spéciale dans la section française du festival, nous ne pouvons résister à la tentation de conseiller aux cinéphiles de Budapest d’aller voir Notre jour viendra, dernier film du réalisateur déjanté Romain Gavras, datant de 2010. Une fable décalée contre le racisme, qui choisit non sans humour noir la condition des Roux en France pour s’étaler dans un road-movie qui ne cesse de déraper. Fidèles au pedigree acquis avec leurs potes de « Kourtrajmé », Romain Gavras et la star internationale Vincent Cassel s’en donnent à coeur joie, en toute simplicité.

Prochaines séances :

Rainy Seasons : jeudi 14 avril à 16h au cinéma Kino.

Essential Killing : vendredi 15 avril à 18h au Théâtre National du Film Uránia

Carlos : jeudi 14 avril à 20h30 au cinéma Toldi  et vendredi 15 avril à 20h00 au Théâtre National du Film Uránia

Notre Jour Viendra : mercredi 13 avril à 18h au cinéma Kino et vendredi 15 avril à 16h au cinéma Toldi

Le programme complet du festival sur le site officiel (en hongrois et en anglais)

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