« Che Guevara n’est pas cool et Fidel Castro n’était pas un héros »

En Hongrie aussi, gauche et droite se sont écharpées autour de la mort du chef d’État cubain Fidel Castro le 25 novembre 2016, à l’age de 90 ans.

Le gouvernement hongrois a profité de la session parlementaire de ce lundi pour attaquer la gauche sur son rapport ambigu au régime communiste cubain et dénoncer ainsi ses sympathies pour un « dictateur sanglant ». Bence Rétvári, secrétaire d’État au ministère des ressources Humaines, a chargé le premier en accusant Zsolt Gréczy, porte-parole de la Coalition démocratique (DK) d’entretenir la nostalgie du castrisme. Le membre du gouvernement considérant même que les personnes adoptant telle attitude ne pouvaient pas être considérées comme des démocrates.

En cause, un message laissé par Zsolt Gréczy sur sa page Facebook, où il se souvient en ces termes de la visite de Fidel Castro en Hongrie en 1972 : « On avait obligé les écoliers à se placer tout au long de la rocade de Ferihegy pour que nous agitions au passage du convoi des petits drapeaux hongrois et cubains que nous avions collés sur des petits bâtons. Nous avions attendu longtemps dans la chaleur jusqu’au moment où l’armée passa devant nous, en quelques secondes, dans le bruit et le fracas. Nous agitâmes alors les drapeaux avec fierté…, puis plus rien. (…) Ce fut ça notre grande rencontre avec le dirigeant cubain ».

La deuxième charge est venue de Csaba Dömötör, secrétaire d’État au Cabinet du Premier ministre, à l’encontre cette fois de Csaba Horváth, responsable budapestois du parti socialiste hongrois (MSzP). Le dirigeant de gauche avait également publié un message sur Facebook dans lequel il estimait que Fidel Castro avait été une figure historique importante, quelle que soit l’opinion que l’on avait à son égard. Il y ajoutait également que « le Che attendait déjà [Fidel Castro] dans une bodega du paradis, comme l’attendaient les cigares, le rhum et la salsa ». Des propos trop complaisants selon Csaba Dömötör, selon lequel « Che Guevara n’est pas cool, et Fidel Castro n’était pas un héros, mais un dictateur sanglant ».

castro-a-budapest
Budapest, 1972. Fidel Castro salue ses hôtes hongrois. La gare de Keleti en fond (source : indafoto.hu).

Il a bien changé le monde, depuis que le Líder Máximo avait été reçu en Hongrie par le dirigeant hongrois János Kádár, en 1972. Le rapport au passé communiste de la Hongrie est encore un point de crispation important entre la gauche et la droite. Viktor Orbán a notamment bâtit sa « légende » sur son opposition au communisme à la fin des années 1980 et le Fidesz s’est très vite construit autour d’une idéologie revancharde à l’égard des socialistes hongrois, héritiers du parti unique MSzMP. La droite hongroise est notamment connue comme un soutien historique aux dissidents du régime castriste, comme en témoigne l’invitation faite au printemps dernier à Oscar Elías Biscet, militant cubain pour les droits de l’Homme, emprisonné par le régime castriste de 1999 à 2011.

Le site 444.hu n’a pas manqué pas de souligner le paradoxe entre ces positions du Fidesz et les excellentes relations développées au cours des dernières années par le gouvernement hongrois avec le turc Recep Erdogan, le russe Vladimir Poutine, le kazakh Nazarbaïev, l’azerbaïdjanais Aliyev et d’autres dirigeants peu soucieux de démocratie et de droits de l’Homme.