Budapest se réapproprie tranquillement les berges du Danube

Longtemps négligés, les quais du Danube à Budapest font l’objet d’un ambitieux programme de réaménagement, dont la première section est en passe d’être ouverte au public.

Budapest est traversée par de nombreuses autoroutes urbaines conçues pour fluidifier la traversée de la ville, mais qui gênent obstinément les adeptes de modes de transports doux, piétons comme cyclistes. Souvent engorgées, bruyantes et polluées, les voies sur berges le long des deux rives du Danube sont un très bon exemple de ces routes pour automobiles qui gâchent un peu notre expérience de la ville. Leur réaménagement, inscrit dans le Schéma directeur d’aménagement « Budapest 2030 », est enfin entré dans sa première phase de réalisation entre l’embouchure de la rivière Rákos et Jászai Mari tér.

Fini le petit chemin en terre entre l’ancien centre aquatique Dagály et le pont Árpád. Depuis quelques mois, les pelleteuses s’affairent pour dégager les abords de la nouvelle piscine olympique qui accueillera en juillet prochain les Championnats du monde de natation. Au bord du fleuve, les piétons peuvent désormais déambuler sur un cheminement pavé, voire descendre à quelques endroits jusqu’à niveau d’eau. La peinture qui balise la longue piste cyclable semble encore fraîche. L’allure très contemporaine des nombreux bancs en béton et en bois conforte cette impression de vaste esplanade qui se jette dans le Danube. Quant aux quelques jeux pour enfants, ils sont installés ça et là telles des sculptures contemporaines encore emballées. Entre le pont Árpád et Dráva utca, la vue sur l’île Marguerite et les collines de Buda est exceptionnelle. Les passants, nombreux les après-midis ensoleillés, ne semblent en tout cas pas avoir voulu attendre l’inauguration officielle pour s’approprier ce balcon sur le Danube.

Moszkva sétány. Photo : 24.hu

Une fois que la portion entre Dráva utca et Jászai Mari tér sera achevée, les Budapestois et les touristes pourront ainsi facilement relier à pied et à vélo les différents sites de ces Championnats du monde dont le fleuve est conçu comme la colonne vertébrale. S’il n’est pas prévu de supprimer complètement la circulation automobile sur berge, de nombreux points de traversée devraient être aménagés pour faciliter l’accès au fleuve à partir des quais hauts. Après la compétition sportive de juillet, la rénovation d’une deuxième section doit être mise en œuvre avant la fin de l’année entre l’imposante esplanade du Parlement (Kossuth Lajos tér) et Fővám tér (là où se trouvent les Halles et le pont de la Liberté). Vu les quelques images d’architectes communiquées à la presse, de nouveaux espaces publics devraient être créés là où parfois les piétons doivent se frayer un difficile chemin entre les embarcadères et une glissière de sécurité.

Belgrád rakpart. Photo : Korzó Tervezési Stúdió / infoszab.budapest.hu
Antall József rakpart. Photo : Korzó Tervezési Stúdió / infoszab.budapest.hu
Jane Haining rakpart. Photo : Korzó Tervezési Stúdió / infoszab.budapest.hu

A terme, le « projet Rak-park » marketé ainsi par la municipalité de Budapest, devrait considérablement valoriser le lien entre la ville et le Danube. Comme le rappelle Zoltán Erdős du blog Városi Metamorfózisok, de nombreuses questions restent néanmoins en suspens, notamment celle du réaménagement de Széchényi tér dans sa partie nord (actuel parking de l’Académie hongroise des sciences), ou encore celle plus délicate de la continuité cyclable sur l’axe Nord-Sud. Contraint de prévoir des aménagements pour les vélos dans le cadre de projets financés par l’Union européenne, le maire conservateur István Tarlós voit pourtant souvent d’un mauvais œil la concurrence de la petite reine sur la sacro-sainte voiture. Le blogueur, invité d’un jour de l’excellente rubrique Urbanista d’Index.hu, pointe enfin une dernière petite ombre au tableau : le manque patent de communication publique et de cadre de concertation avec les habitants autour de ce type de projet urbain.

Les bords du Danube à Budapest, le marché et les bateaux, avant que le pont Élisabeth soit détruit durant la Seconde Guerre mondiale.
Ludovic Lepeltier-Kutasi