Aux racines du populisme en Hongrie

Ce qui suit est la traduction d’un article de l’économiste hongrois Zoltán Pogátsa publié dans la Revue Visegrad en avril 2014. Le Fidesz venait alors de remporter les élections législatives pour la seconde fois consécutive, avec une majorité parlementaire des deux-tiers. Aujourd’hui encore, cette analyse est particulièrement éclairante et permet de comprendre pourquoi le gouvernement du Premier ministre hongrois Viktor Orbán reste populaire.

L’article a été publié le 8 avril sous le titre « Understanding Hungary: The social prerequisites of political democracy ». Il est consultable en anglais sur le site de la Revue Visegrad.

Si le parti conservateur Fidesz de Viktor Orbán a perdu bon nombre de voix depuis sa première élection en 2010, l’opposition en avait perdu beaucoup plus dès 2009, et a été incapable de reconquérir son électorat depuis. Elle est aujourd’hui fragmentée et caractérisée par des rivalités internes entre des dirigeants dont la réputation était déjà en berne cinq ans plus tôt. Ferenc Gyurcsány a quitté le pouvoir avec une cote de popularité de 15%, Gordon Bajnai de 25%, selon les sondages. 58% des Hongrois estiment que ce dernier a gouverné de façon irresponsable et 62% pensent que son passage au pouvoir peut être qualifiée d’« anarchique ».

L’image d’« expert » dont jouit Bajnai chez les libéraux n’est donc pas partagée par la société en général. Enfin, plus aucun ténor ne guide le parti, et aucun bilan critique de sa politique n’a été fait depuis les dernières débâcles : les critiques adressés à la majorité en place laissent donc la majorité des citoyens hongrois de marbre. Pire, c’est même le parti d’extrême droite Jobbik, qui absorbe le vote de protestation et menace de devenir le principal parti d’opposition [il l’est de fait aujourd’hui, ndlr]. L’exemple hongrois illustre parfaitement le vieil adage emprunté à Walter Benjamin : « la montée de la droite est un échec de la gauche »…

Libéral/social-démocrate

On peut s’interroger aussi sur la couleur politique réelle de l’opposition. Dite de gauche, elle est en fait le résultat d’un mélange confus de forces politiques qui ont accepté l’étiquette de « gauche libérale » pour se distinguer de la Fidesz. Mais ce qualificatif est un oxymore. Le libéralisme, tel que représenté par le FDP allemand ou les Libéraux-Démocrates britanniques, relie le libéralisme culturel avec une vision économique favorable du marché. Le libéralisme de gauche n’a donc pas de sens : le courant politique reliant la politique culturelle libérale avec une orientation sociale de l’économie, et une approche centrée sur l’État-providence est la sociale-démocratie. Tertium non datur.

Cependant, dans les anciens États socialistes, même les intellectuels urbains aux valeurs sociales claires hésitent encore à se faire appeler sociaux-démocrates. Dans le même temps, les libéraux qui n’ont jamais réussi à obtenir une majorité, même dans les pays les plus développés économiquement, ont un vrai intérêt à perpétuer cette confusion sémantique. Ils ont profité de la Troisième Voie empruntée en Europe occidentale pour justifier le virage néolibéral des partis socialistes d’Europe orientale, laissés sans identité idéologique claire après la chute du communisme. (Au moins l’Europe occidentale avait-elle développé l’État-providence avant que les sociaux-démocrates ne deviennent néolibéraux. Ce qui n’a pas été le cas en Europe de l’Est.)

C’est précisément ce qui s’est passé en Hongrie, provoquant l’épais brouillard idéologique au sein de la « gauche » hongroise jusqu’à aujourd’hui. Après la transition de 1990, le Parti socialiste, successeur de l’ancien parti unique, a été laissé sans orientation politique claire, sauf pour ce qui est de l’extrême pragmatisme et de l’opportunisme. Depuis lors, il a gouverné la Hongrie dans trois gouvernements de coalition avec leur partenaire minoritaire, les libéraux [SzDSz, ndlr], dont la popularité n’a cessé de diminuer jusqu’à leur éviction du Parlement.

Les libéraux ont dominé ces coalitions avec un agenda néolibéral et le font encore aujourd’hui au sein de l’opposition. Dans de nombreux domaines comme la création d’emplois, le développement économique, la politique sociale, l’État hongrois n’a mis en place aucune politique ambitieuse, et seule l’attraction des investissements étrangers a pu bénéficier d’une politique vraiment volontariste. Aucun débat n’a pu être abordé sur l’adoption d’un modèle de développement, allemand (Rheinland), scandinave d’État-providence négocié, ou même français ou d’Extrême-Orient. L’obsession pour les modèles théoriques de capitalisme basé sur le marché – qui en réalité n’existe nulle part – a conduit à des salaires faibles et à une économie faible, accueillant les activités à faible valeur ajoutée des fins de chaînes de production des multinationales, provoquant des dégâts sociaux considérables.

Comme la plupart des pays de la région Europe centrale et orientale, le taux d’emploi en Hongrie est resté bien en deçà de la moyenne de l’UE. L’écart de productivité avec l’Europe occidentale, lui, a augmenté depuis l’adhésion à l’UE, comme la différence de salaire. Dans ces domaines, la Hongrie ressemble à la quasi-totalité de la région de la CEE. A parité de pouvoir d’achat, le salaire moyen hongrois – situé à environ 30% de la moyenne de l’UE – offre un niveau de vie comparable au cinquième le plus bas des sociétés d’Europe occidentale. Toutefois, environ deux tiers des Hongrois vivent en dessous de ce niveau de revenu moyen ! Quatre millions d’entre eux ont des revenus inférieur au seuil vital de subsistance, selon le Bureau central de la statistique. Environ trois millions de Hongrois ne font que survivre d’un mois à l’autre. Les prix de la nourriture et de l’énergie équivalent à 83% de la moyenne de l’UE, 85% pour les tissus, 95% pour les chaussures, 71% pour les transports, et ceux de la communication à 109%…

A parité de pouvoir d’achat, le salaire moyen hongrois – situé à environ 30% de la moyenne de l’UE – offre un niveau de vie comparable au cinquième le plus bas des sociétés d’Europe occidentale. Toutefois, environ deux tiers des Hongrois vivent en dessous de ce niveau de revenu moyen !

En 2009, dernière année du parti socialiste au pouvoir, la Hongrie (avec le reste des pays formant le groupe de Visegrad) était l’un des pays consacrant le moins d’argent pour les dépenses sociales dans l’Union européenne. La Hongrie y consacrait alors 23,5% de son PIB, et d’autres pays de la région encore moins : 20,4% pour la République Tchèque, 19,7% pour la Pologne et 18,8% pour la Slovaquie. Contre une moyenne de l’Union européenne de 30,3%… Les pays méditerranéens, réputés pour avoir des régimes de protection sociale peu développés, ont également des dépenses supérieures à celles de la Hongrie (Espagne 25%, Portugal 26.9%, Italie 29,8%). Sans parler des États-providence scandinaves à part entière (Suède 32,1%, Danemark 33,4%). La comparaison est d’autant plus surprenante que la Hongrie a une population très âgée, l’un des plus faibles taux d’emploi de l’UE, ainsi que l’une des pires situation en termes de santé de ses citoyens. Les dépenses sociales par personne s’élèvent à € 3478 (en parité de pouvoir d’achat), ce qui demeure deux à trois fois moins important qu’en Europe occidentale…

Qui plus est, la «gauche » libérale a laissé en héritage un système de «redistribution perverse», comme le désigne Zsuzsa Ferge, professeur de sciences politiques. En 2009, à la fin de leur mandat, les politiques sociales permettaient en réalité une redistribution des richesses à l’envers : du bas de la société vers le haut ! Ainsi la Hongrie (une fois de plus, comme les autres États de la région) a beau avoir un coefficient de Gini (indicateur qui mesure l’inégalité des revenus) relativement faible en comparaison internationale, cela cache le fait que la participation de la Hongrie à l’économie mondiale est caractérisée par un mélange d’activités à faible valeur ajoutée et de bas salaires, et qu’en réalité c’est la distribution assez uniforme des revenus qui permet de faibles inégalités.

Une autre dimension caractéristique de l’État-Providence hongrois est l’éducation. Selon des recherches menées par le spécialiste de l’éducation Péter Radó sur les données internationales de PISA, 72% du niveau de scolarité des étudiants hongrois est déterminé par l’endroit où l’école est située. Le chiffre correspondant pour la Finlande est de 8%. Ainsi, même la mobilité scolaire est à l’arrêt.

Il y a vingt-cinq ans, au moment de la transition, les Libéraux s’imaginaient que les citoyens socialisés dans une société soviétique se transformeraient en un claquement de doigts en citoyens d’une société ouverte et de libre compétition. En réalité, seule une couche très étroite de la société hongroise est en mesure de rivaliser, de développer une entreprise bourgeoise et l’ethos civique, de profiter d’une réelle mobilité, et de demeurer indépendante des réseaux clientélistes et du populisme. Et cette couche étroite se trouve déjà au sommet, le reste de la population ne disposant pas des ressources privées nécessaires. En conséquence, l’extension de cette élite grâce au marché, tel qu’imaginé par les néolibéraux, est un vœux pieux.

« Seule une couche très étroite du haut de la société hongroise est en mesure de rivaliser, de développer une entreprise bourgeoise et l’ethos civique, de profiter d’une réelle mobilité, et de demeurer indépendante des réseaux clientélistes et du populisme ».

Les conditions préalables de la démocratie politique sociale

Mais la question n ‘est pas seulement économique : la démocratie est également impactée. Comme Gosta Esping Andersen (et Barrington Moore) nous le rappelle, la démocratie est possible seulement en présence d’une large classe moyenne. Il définit les individus appartenant à la classe moyenne comme ceux possédant l’indépendance matérielle et un niveau d’éducation permettant de suivre et de prendre part au débat public. Dans une société post-communiste comme la Hongrie, les deux manquent. Dans cette société appauvrie, seule une très mince couche supérieure de la société dispose de l’indépendance financière pour rester à l’écart des réseaux clientélistes de patronage qui se tissent à travers la société hongroise. Le reste de la société préfère les achats populistes concrets aux promesses de long terme dont ils ont assez.

Quant à l’éducation, selon les données du recensement de 2005, plus de la moitié de la société possède un niveau d’éducation inférieur à un examen final de l’école secondaire. Seulement 25,2% avaient un niveau égal à ce diplôme, et 11,7% possédaient un diplôme universitaire. Bien sûr, il est insensé de penser que les niveaux d’éducation correspondent de manière déterministe à la compréhension des affaires publiques, mais dans un monde où on attend des électeurs qu’ils se prononcent sur l’énergie nucléaire et l’Union monétaire européenne, il est probable qu’il s’agisse d’une correspondance stochastique. Compte tenu de la qualité de l’enseignement supérieur de la CEE, même les diplômés universitaires sont suspectés d’être parfois peu compétents. Pouvons-nous donc être surpris par les explications superficielles des citoyens pour justifier leurs choix politiques ? Pourquoi y-a-t-il si peu de discussions autour des conditions sociales d’une démocratie politique ?

L’ethnicisation remplace les classes sociales

On pourrait penser que dans une société si paupérisée, la gauche politique devrait être capable de capter l’attention des électeurs par une rhétorique économique de classe. Or, ce type de narration est absent en Hongrie. Les socialistes ont rejeté un tel vocabulaire, craignant qu’il ne rappelle leur passé dictatorial. Les libéraux, qui ont superposé leur idéologie sur celle des socialistes, ne pensent naturellement pas en termes de classe. Comme Antonio Gramsci l’a souligné, ils créent un discours hégémonique dans lequel les intérêts de la classe moyenne sont représentés dans le discours public comme étant universalistes. La « gauche » hongroise utilise un langage libéral quand il s’agit d’économie.

Avec leurs problèmes de gouvernance et de corruption, les politiciens socialistes ont besoin d’une légitimation pour conserver leurs électeurs. Ils l’ont trouvé dans le jeu de la diabolisation mutuelle souvent joué par les partis de l’entente, auquel le Fidesz de Viktor Orban participe également volontiers. La droite accuse les socialistes d’être anti-nationaux, tandis que les socialistes accusent la Fidesz d’être antidémocratique. Ils arguent qu’Orbán et le Fidesz sont en quelque sorte non-Européens et en dehors des limites de la démocratie. Cette rhétorique a été considérablement affaiblie par le fort soutien que le Parti Populaire européen a prêté à Orbán. Le PPE l’a approuvé institutionnellement lors du débat au Parlement européen concernant le rapport Tavares critiquant la démocratie hongroise. Joseph Daul, le Président du PPE a même qualifié Orbán de « meilleur leader de la Hongrie » lors d’un rassemblement à Budapest au cours de la campagne électorale de 2014. De plus, les électeurs ont échoué à comprendre pourquoi les socialistes et leurs alliés libéraux ont pris part au Parlement et aux élections d’Orban, désignant le premier comme étant creux et le second comme injuste. La rhétorique affaiblie du camp socialiste-libéral a conduit à une incapacité à attirer les électeurs.

Le parti qui a réussi à attirer les voix contestataires de ceux qui se sont détournés de la Fidesz a été le Jobbik d’extrême droite. Leur vision ethnicisée du monde a ainsi trouvé un écho auprès des électeurs qui avaient été socialisés dans la narration ethnicisée de l’ancien système éducatif hongrois et avec les débats publics qui ne proposaient pas de discours de classe alternatif. Les Juifs sont ainsi considérés par ces électeurs comme étant l’élite en place, les Roms comme la sous-classe gênante.

« Les Juifs sont ainsi considérés par les électeurs du Jobbik comme étant l’élite en place, les Roms comme la sous-classe gênante ».

L’absence de théorie basée sur la classe a une longue tradition dans le 20ème siècle hongrois. La République des Conseils de 1919 a complètement discrédité la gauche radicale. Ensuite, dans un pacte entre les sociaux-démocrates et le régime Horthy, même la gauche modérée a accepté un niveau extrême d’auto-limitation en échange d’une exemption de persécutions. Ils ont accepté d’être interdits d’organisation avec les syndicats. En étant présents au Parlement avec une fraction dont la taille avait été plafonnée, ils ont même légitimé le régime Horthy comme une démocratie formelle. Avant la 2ème Guerre mondiale, le discours social-démocrate basé sur la classe était ainsi presque absent en Hongrie.

Les discours ethnicisés l’ont alors remplacé. Comme le montre l’historien Krisztián Ungváry, le rôle des Juifs dans le développement du capitalisme a été un phénomène plus marqué en Hongrie que partout ailleurs en Europe. Les professions capitalistes typiques (entrepreneurs, journalistes, avocats, médecins, etc.) étaient dominés par les Hongrois d’origine juive à hauteur de 50 à 75%, qui ont été désignés par le droit hongrois comme «étrangers». Budapest, la forteresse du capitalisme hongrois, abritait plus de 20% de Juifs. Dans le même temps les inégalités sociales du régime Horthy étaient choquantes. 80% de la société ne possédait que 40% de la richesse et 65% à 80% de la population vivaient en dessous du minimum vital. En dépit de l’afflux massif de Hongrois « de souche » des pays voisins, la Hongrie souffrait d’une énorme émigration. La politique sociale était inexistante.

En raison de la rhétorique dominante du droit, les inégalités sociales ont été interprétées comme des différences ethniques. Un «changement de garde», avec le remplacement des Juifs par des Hongrois à des postes importants, était en permanence à l’ordre du jour. Le résultat dramatique de cette hystérie qui s’amplifiait se conclut par la mort de 600 000 Hongrois d’origine juive dans l’Holocauste.

Après la seconde guerre mondiale , le régime de l’État socialiste persécuta les meilleurs dirigeants sociaux-démocrates et discrédita la gauche hongroise. En 1989, toutes les idées rappelant aux gens la rhétorique communiste étaient perçus comme stupides et risibles. Hayek et la critique de l’économie planifiée de l’école autrichienne sont alors devenus populaires, à une époque dominée par Thatcher et Reagan.

Les socialistes hongrois se sont laissé dominer par l’idéologie néolibérale de leurs partenaires libéraux. La détresse sociale qui en a résulté a déjà été évoquée. Beaucoup de Hongrois défavorisés, scolarisés dans des narrations ethnicisées, ont une fois de plus commencé à interpréter le monde par le seul cadre d’analyse à leur disposition. Les plus modérés ont été attirés par le discours de Viktor Orbán de la «lutte pour la liberté» hongroise contre l’UE et le FMI. Les plus radicaux se sont une fois de plus mobilisés contre une « élite juive » et contre un «Tsigane de sous-classe, paresseux et parasitaire ». Le sort des Roms est particulièrement crucial ici. Les sondages indiquent que près de 80% des Roms appartiennent au cinquième le plus pauvre de la société hongroise (ce qui, bien sûr, ne signifie pas qu’ils en forment la majorité, même dans ces cohortes pauvres.) Les Roms ne côtoient presque que d’autres Roms, ce qui limite sérieusement le capital social et limite sensiblement la mobilité et la distanciation de la culture de la pauvreté. Presque aucun Rom n’obtient de diplôme universitaire, et ils sont massivement sous-représentés même à des niveaux d’enseignement intermédiaires. Le grand public outré, ne voit que les Roms qui vivent de l’aide sociale ou condamnés à vivre de larcins, renforçant ainsi les stéréotypes. La Cour des comptes hongroise a publié un rapport sur les politiques roms post-transition, et les a décrites comme fracturés, incohérentes et inefficaces en tant que politique publique. L’idée que la société fournit toute l’aide dont un individu peut avoir besoin et que pourtant les Roms continuent à en abuser est fausse, c’est en fait l’inverse qui est vrai !

Une politique de fond pour améliorer la condition sociale des Roms n’a encore jamais vu le jour dans cette période post-transition en Europe centrale et orientale. Les coalitions socialo-libérales hongroises n’ont jamais créé, financé ou géré de politiques publiques qui auraient permis à la classe ethnicisée et marginalisée des Tsiganes de combler le retard créé par des siècles d’inaction. […] Il faudrait un « système « aveugle aux couleurs » pour l’éducation, l’emploi, la politique sociale, les transports publics et les soins de santé, qui créerait l’égalité de fait plutôt que l’égalité des chances tout à fait insuffisante, toujours évoquée mais jamais atteinte à ce jour. « Monsieur tout-le-monde » a cette sous-classe ethnicisée constamment en tête. Leur «mode de vie parasitaire» est vivement pointé du doigt par les masses aux faibles niveaux de vie, bien que les dépenses sociales totales consacrées aux 10% les moins fortunés de la société, (y compris celles pour les non-Roms), ne représentent pas plus de 1,6% du PIB. Des montants d’un ordre équivalent disparaissent des budgets de l’État sous la forme de corruption et de clientélisme, ou sont consacrés à un État inefficace et à sa mauvaise politique économique. Cela est bien entendu beaucoup moins visible, et les citoyens se sentent impuissants pour renverser la situation. Il est plus aisé et psychologiquement plus apaisant de cibler son indignation non pas sur l’abstrait, l’inconnu et le lointain, mais contre ceux qui sont présents, familiers, troublants et avec qui l’on est en conflit direct.

Les droits humains sont sans aucun doute centraux. Les campagnes anti-racistes sont vitales. Mais au-delà des questions de discrimination, la question tsigane reste un défi socio-économique. La hausse durable de la pauvreté chez les populations roms d’Europe orientale exige un État-Providence avec une politique volontariste.

On fait souvent remarquer que le Jobbik d’extrême-droite est le parti le plus populaire chez les jeunes. On ne peut comprendre le ressentiment de ce groupe que lorsque qu’on prend en compte des statistiques assez parlantes : le chômage des jeunes est de 30%, 47% des 18-35 ans sont contraints à vivre chez leurs parents, 75% d’entre eux sont incapables d’auto-suffire à leurs besoins, et ceux qui le peuvent n’épargnent qu’en moyenne 32 € par mois.

Les élections de 2022 sont toujours ouvertes

La nuit de l’élection après la large défaite [au printemps 2014, ndlr], les leaders de la « gauche libérale » se sont engagés à rester plutôt que prendre leur responsabilité. Ils formeront l’opposition de la « Gauche libérale » au Parlement. Avec leur présence, ils perpétueront la majorité des 2/3 de la Fidesz jusqu’en 2018. Les élections de 2022 sont toujours ouvertes…