Retour sur le parcours de l’écrivaine Ágota Kristóf

Dans une émission d’une heure, « France Culture » revient sur le parcours et sur l’œuvre de cette écrivaine hongroise en langue française.

Ágota Kristóf, née en Hongrie en 1935, exilée en Suisse en 1956, décédée en 2011 à l’âge de 75 ans à Neuchâtel. Enfance heureuse dans les années trente dans un petit village de Hongrie proche de la frontière autrichienne où, déjà, elle écrit ses premiers poèmes, en hongrois, sa langue maternelle et la seule qu’elle connaisse.

1956, l’insurrection anti-soviétique, l’exil pour éviter les représailles contre son mari, à 21 ans. Elle traverse la frontière austro-hongroise de nuit, son bébé de deux mois sous le bras : « Ce moment où j’ai perdu une grande partie de ma vie. J’ai laissé en Hongrie mon journal à l’écriture secrète et aussi mes premiers poèmes, mes frères, mes parents, sans prévenir, sans leur dire adieu ou au revoir. Mais surtout ce jour là, ce jour de fin novembre 1956, j’ai perdu mon appartenance à un peuple« .

« Ce jour de fin novembre 1956, j’ai perdu mon appartenance à un peuple ».

Son œuvre littéraire sera marquée par cette thématique de la frontière, qui semble l’obséder. Ágota Kristóf raconte dans ses romans l’arrivée en suisse, le manque de tout, le travail dans une usine d’horlogerie pour subvenir à ses besoins, sans connaitre encore vraiment le français qu’elle apprendra en reprenant ses études. Cette « langue ennemie » avec qui elle entretient un rapport très compliqué et qu’elle se plait à démythifier :

« Je parle le français depuis trente ans, je l’écris depuis vingt ans, mais je ne le connais toujours pas. Je ne le parle pas sans fautes et je ne peux l’écrire qu’avec l’aide des dictionnaires fréquemment consultés. C’est pour cela que j’appelle le français une langue ennemie. Et il y a une autre raison, et c’est plus grave : cette langue est en train de tuer ma langue maternelle ».

C’est pourtant en français qu’elle écrira la majeure partie de son œuvre littéraire, qui culminera avec la trilogie « Le grand cahier », publié en 1986, « La preuve » et « Le troisième mensonge ».

Écouter « Ágota Kristóf, une Hongroise suisse dans la littérature française (1935-2011) ».

Son roman le plus célèbre, Le Grand Cahier, a été adapté au cinéma en 2013 par János Szasz.

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