En Hongrie, des Jeux Olympiques pour faire oublier les vrais problèmes ?

Les Jeux Olympiques de 2024 sont le symbole de l’absence d’avenir en Hongrie et de l’impasse dans laquelle nous mettent les responsables politiques actuels.

Tribune publiée le 29 janvier 2017 dans Kettős Mérce. Traduite du hongrois par Ludovic Lepeltier-Kutasi.

En général, les pays organisent des jeux  lorsqu’ils ne savent plus où mettre l’argent, ou bien lorsqu’ils cherchent à compenser auprès de la population le manque de perspectives et de ressources en remuant ciel et terre autour d’un grand projet.

J’ai trente ans et un enfant d’un an et demi. Si quelqu’un me demande comment je m’imagine dans dix ans, ainsi que l’avenir de mon enfant et de ma famille, je ne saurai pas quoi répondre. Je ne sais pas si je serai encore en Hongrie, je ne sais pas dans quelles conditions je vivrai, je ne sais pas ce que je pourrai alors offrir à mon enfant dans ce pays. Je suis incapable de l’anticiper car je ne parviens pas à voir quelles sont mes perspectives ici. Car tout est précaire.

Je ne suis pas le seul à raisonner ainsi, en tout cas autour de moi beaucoup pensent la même chose. Nous n’avons aucun repère et avons peur du futur. La question n’est pas de savoir si nous avons des projets – car nous en avons -, c’est d’arriver à deviner dans quelle mesure nous parviendrons à les concrétiser.

Mon rêve dans ce pays, ça n’est pas que l’on y accueille les Jeux Olympiques. Bien sûr, ça aurait de la gueule que Katinka Hosszú décroche des médailles dans sa propre ville, mais là n’est pas l’essentiel. Car les Jeux ne nous apporteront ni de pain, ni du travail, ni d’avenir meilleur.




Le mensonge de l’organisation des Jeux Olympiques, c’est de dessiner un avenir à un milliard de forints, sans pour autant que ça impacte positivement nos destins individuels et collectifs. C’est même le contraire, dans la mesure où l’on déshabille Pierre pour habiller Paul. Cela ne sera bénéfique ni pour les familles, ni pour les travailleurs, ni pour les pauvres, ni pour les mères, ni pour les pères, ni pour les jeunes, ni pour les retraités. Si nous obtenons les Jeux, nous bénéficierons au mieux d’un élan patriotique qui nous donnera la fierté d’être Hongrois, nous aurons certes deux semaines de bonheur partagé, mais l’argent considérable qui sera investi ne comblera pas ce dont nous manquons le plus : un chemin pour sortir de l’impasse, dessiner un avenir pour le pays et redresser la société.

Les Jeux Olympiques sont une illusion qui sert à masquer les problèmes concrets de la vie de tous les jours, le pourrissement du système de santé, l’affaissement du système scolaire, notre dépendance à la croissance des pays occidentaux, les statistiques faussés du chômage et l’absence pour beaucoup des moyens élémentaires de subsistance.

Toute cette organisation ne réglera pas nos soucis quotidiens, voire même les aggravera. Elle coupera bien fermement le robinet des investissements dans des secteurs qui n’en ont que trop peu reçus ces dernières décennies.

Organiser ces Jeux Olympiques reviendrait à organiser une extraordinaire orgie avec l’argent que nous aurions mis de côté pour payer le loyer et les charges.

Le problème n’est pas en soi de vouloir organiser des Jeux, mais c’est de vouloir le faire dans le contexte de carences que nous connaissons. C’est de vouloir le faire alors que nos élites politiques sont incapables de nous dire comment elles comptent régler les problèmes du pays et trouver les voies vers la prospérité.

L’organisation des Jeux est un bel exemple d’enfumage et de blabla inutile. C’est pour ça que s’y opposer, c’est aussi manifester notre réprobation à l’égard de l’inertie d’une élite politique impuissante.

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András Jámbor