A Budapest, des néo-nazis célèbrent l’amitié germano-hongroise

Un rassemblement néo-nazi s’est tenu samedi 11 février dernier sur les hauteurs de Budapest. Réunis à l’initiative de plusieurs organisations « hungaristes » et nationales-socialistes, 300 sympathisants et militants d’extrême-droite ont rendu hommage aux soldats allemands et hongrois tombés devant les Russes lors de la bataille de Budapest en 1945.

Les bus des lignes 21 et 21A sont étrangement bondés pour un samedi après-midi à la station Széll Kálmán tér. De nombreux jeunes aux looks hétéroclites y prennent tranquillement place à côté des dames un peu âgées qui ne comprennent pas tout à fait à quoi est due cette soudaine affluence. On distingue quelques crânes fraichement rasés, des pin’s de la Grande Hongrie, quelques tatouages skinhead mais aussi de vieux uniformes de l’armée hongroise, façon années quarante.

Samedi 11 février sur les hauteurs de Budapest (Crédit photo : Benoît Braban pour Hu-lala.org)

Ce 11 février, c’est le « Becsület napja », le « jour de l’honneur » célébré chaque année par le mouvement hungariste, légataire idéologique du parti des Croix Fléchées. Au pouvoir quelques mois entre 1944 et 1945, ce parti a été le principal ordonnateur de l’alliance avec l’Allemagne nazie et le principal responsable de la déportation de centaines de milliers de Juifs, Roms et homosexuels hongrois dans les camps d’extermination polonais. Le jour de l’honneur représente, pour l’extrême-droite hongroise, la fin du siège de Budapest. Le 13 février 1945, alors que la Hongrie est l’un des derniers piliers du IIIè Reich, les Soviétiques lancent une offensive meurtrière sur sa capitale, le bilan en pertes humaines se situe entre 50 000 et 150 000 victimes de chaque côté du front.

Sur les pentes abruptes du Svábhegy, là où précisément les Allemands ont battu en retraite, notre bus peine à monter la côte ainsi chargé. A l’approche de Normafa – lieu du rassemblement -, la présence policière se fait de plus en plus sentir. A quelques arrêts du terminus, des agents montent afin de garantir la bonne tenue de la diligence. Les plus virulents des passagers s’indignent de se faire traiter ainsi dans leur propre pays, avant de charger bruyamment le parti au pouvoir et les institutions financières internationales, responsables de tous leurs maux. Même le Jobbik [le parti parlementaire d’extrême-droite, NDLR] en prend pour son grade.

Sur place, les fourgons de la police hongroise quadrillent les abords du rassemblement. Les jeunes néo-nazis se dirigent en file indienne vers la clairière dans laquelle des enceintes ont été installées et diffusent pendant une quinzaine de minutes des airs rappelant l’ambiance des congrès de Nuremberg. Les drapeaux rouge, blanc et noir se déploient et des banderoles en allemand et en hongrois encerclent la petite foule. On y reconnait la bannière des Croix Fléchées et des organisations nationales-socialistes. Les quelques touristes venus arpenter les pistes de ski prennent des photos, intrigués.

L’hommage des groupuscules d’extrême-droite aux combattants Hongrois et Allemands de la seconde guerre mondiale (Crédit photo : Benoît Braban pour Hu-lala.org)
L’amitié entre l’Allemagne et la Hongrie revisitée

Des porte-parole de la Ligne de front nationale hongroise (Magyar Nemzeti Arcvonal, hungaristes), du mouvement de jeunesse des soixante-quatre comitats (Hatvannégy Vármegye Ifjúsági Mozgalom, le HVIM partisan de la grande Hongrie), de l’Armée des hors-la-loi (Betyársereg, skinheads), du Parti de la Révolution nationale (Nemzeti Forradalmi Párt, fascistes) et du Front national-socialiste (Nemzetiszocialista Front, néonazis) se succèdent à la tribune. Chacun rivalise pour dénoncer le bolchévisme, exulter les valeurs traditionnelles nationalistes et mettre en garde contre la prédation sioniste (sic !). L’horizon civilisationnel est l’Europe des nations blanches, dans laquelle la Hongrie historique a évidemment toute sa place. On y célèbre la « fraternité d’armes » entre Allemands et Hongrois lors d’une intervention remarquée en allemand. Un « Sieg Heil ! » retentit une fois dans l’assistance et une personne isolée tente un salut romain, façon Adolf Hitler, derrière l’épaule.

A 17h, après une heure et demie de recueillement dans la neige et le froid, la foule se dissipe aussi rapidement qu’elle s’était formée. Certains repartent en voiture, d’autres dans un car affrété pour l’occasion et la majorité en bus. Le chauffeur du retour ne prend même plus la peine de s’arrêter aux arrêts entre les deux terminus. Une fois en ville, les sweats « Lonsdale » et « Harcos » permettent encore de reconnaître quelques participants au rassemblement dans la foule anonyme des passants. Mais il s’agit d’une sorte de persistance rétinienne, car à Budapest comme ailleurs en Hongrie, ça n’est pas encore à tous les coins de rue que l’on croise des néo-nazis.

Photographies : Benoît Braban

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Ludovic Lepeltier-Kutasi