Une taxe pour les expatriés hongrois ?

Selon plusieurs sources fin février, Budapest proposerait de taxer les Hongrois employés à l’étranger dont le domicile principal est en Hongrie.

Ce nouveau régime fiscal étonnant, encore à l’état embryonnaire selon le Ministère de l’Economie, s’appliquerait pour les travailleurs expatriés ayant conservé leur résidence principale en Hongrie. Affublé du titre « d’impôt de solidarité », cette nouvelle taxe va à l’encontre des normes européennes qui condamnent la double imposition. La possibilité d’un double prélèvement suscite le débat, d’autant que ces employés hongrois à l’étranger ne sont pas exemptés de payer un impôt sur le revenu dans le pays où ils travaillent.

Rhétorique FIDESz

Interrogé par un membre du conseil de l’opposition locale à propos de cette nouvelle taxe, le maire de Szombathely, Tivadar Puskás (FIDESz), a répondu que cette proposition fiscale n’en était qu’au stade de projet. De son côté, le Ministère de l’Economie a publié depuis une déclaration niant l’existence d’un débat autour de la mise en application d’une telle taxe, tout en soulignant dans le même billet que ce régime fiscal ne serait pas en contradiction avec les normes européennes. La mise en place d’un impôt pour les expatriés hongrois est donc envisageable selon le ministère, puisque la double taxation serait réglementée par les accords intergouvernementaux entre les Etats membres.

« Hugo Chavez européen » ?

On a bien compris que depuis l’automne 2010, l’Etat hongrois compte prendre l’argent là où il est. Avec la nationalisation des fonds de pension fin 2010, l’Etat hongrois avait réussi un grand « coup » pour renflouer ses caisses (près de 10 milliards d’euros). A partir de 2011, avec les taxes spéciales dites « de crise » appliquées aux secteurs stratégiques de l’économie tels que les banques, la grande distribution, les services, l’énergie ou les télécommunications, le gouvernement hongrois a de plus en plus inquiété ses partenaires européens, défenseurs de leurs multinationales implantées en Hongrie.

Dès lors, hormis certaines grandes entreprises allemandes, dans le secteur automobile notamment, les investisseurs étrangers occidentaux ont soudainement calmé leurs ardeurs en Hongrie. Et pour cause, tous ces grands chantiers fiscaux ont valu à Viktor Orban le joli surnom de « Hugo Chavez européen » ! Mais dans un pays où la TVA augmente à 27%, et où l’on instaure l’impôt sur le revenu à taux unique (16%), il serait tout de même difficile de dire que le régime fiscal va dans le sens de la justice sociale. Avec ce nouveau projet, l’Etat s’immisce donc encore un plus dans le domaine de l’emploi avec comme cheval de bataille les « opportunistes » qui s’enrichiraient égoïstement à l’étranger.

« C’est pour la bonne cause« 

Dans un style plus insolite, on se souvient également de la « taxe hamburger », et plus récemment de l’impôt destiné aux propriétaires de chiens, qui a fait beaucoup sourire à l’étranger. Lors de la mise en application de l’impôt sur la malbouffe, le gouvernement avait mis en avant la lutte contre l’obésité, qui touche 18% de la population en Hongrie. La taxation des produits à haute teneur en sucre, sel, caféine et hydrate de carbone (principalement les chips, biscuits et les boissons énergétiques) s’ancrait alors dans une vaste campagne de santé publique dont les bénéfices fiscaux devaient servir à financer des spots publicitaires de prévention pour la santé. Cependant, derrière cette bonne intention, l’Etat hongrois s’apprête surtout à empocher environ 74 millions d’euros par an.

Tatiana Carret et Hu-lala

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