Tusk réélu : même la Hongrie a lâché la Pologne !

Varsovie a finalement été la seule capitale européenne à s’opposer, en vain, à la reconduction de Donald Tusk à la tête du Conseil Européen. Le “lâchage” des pays du Groupe de Visegrád et particulièrement de Budapest suscite d’intenses réactions.

Le gouvernement polonais, farouchement opposé à la candidature de Donald Tusk, a déploré la décision des membres du Conseil Européen : « Nous savons maintenant que c’est une Union européenne sous le diktat de Berlin », a réagi le ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, au site internet wpolityce.pl. « L’Union Européenne est une organisation dominée par un seul pays. On ne peut pas le cacher, ce pays c’est l’Allemagne », a précisé de son côté Jarosław Kaczyński, le président du parti conservateur polonais PiS (Droit et Justice). Contrairement à ses partenaires européens, M. Kaczyński considère que ce vote altère un peu plus l’intégrité du bloc des 28.



 Orbán accusé de “traîtrise”

Le vote en faveur de Donald Tusk de la République tchèque, de la Slovaquie, mais bien plus encore de la Hongrie, n’est pas passé inaperçu car le groupe de Visegrád avait affiché son unité lors d’une réunion préparatoire le 2 mars. Le malaise se lit dans cette brève réaction de Jarosław Kaczyński : « Viktor Orbán a eu un comportement décevant mais la pression était énorme » (444.hu).

Des citoyens polonais – dont on imagine qu’ils sont de fervents partisans du PiS – ont vivement réagi en prenant d’assaut la page facebook de Viktor Orbán, sur laquelle ils lui adressent d’ordinaire leurs louanges : « Maintenant, nous savons … que vous êtes un politicien comme les autres. Vous avez trahi le gouvernement polonais. Plus de respect. Au revoir … Orban. Vous n’êtes plus le bienvenu en Pologne », écrit un certain Andrzej Pantol. « Tu as montré à quel point tu es faible hier, alors que tu étais mon héros. Tu as perdu ton intégrité. Pologne !!! », rajoute Marcin Luis, un autre internaute.


« traître »

La procédure de la Commission, le véritable stress-test

Mais Viktor Orbán le pragmatique – déjà sous le feu des critiques de l’UE en raison de ses relations privilégiées avec la Russie et pour son intransigeance sur la question migratoire – pouvait-il se permettre de voter contre le Parti Populaire Européen auquel il appartient (le PiS est membre de l’Alliance des conservateurs et réformistes européens) ? Et Beata Szydło comptait-elle réellement sur son soutien ?

En réalité, le véritable test de résistance du tandem polono-hongrois, concerne la procédure de « sauvegarde de l’Etat de droit » que la Commission européenne a enclenché à l’encontre de Varsovie en janvier 2016 et qui fait planer sur la Pologne la menace de sanctions. Sanctions auxquelles le Premier ministre hongrois a promis à Jaroslaw Kaczynski d’opposer son veto. La lune de miel entre les deux capitales est bel et bien achevée, mais le couple n’a pas (encore?) rompu.

Yohan Poncet