Nice : en Europe centrale, des hommages entre compassion et instrumentalisation

Suite à la tuerie de masse perpétrée jeudi soir à Nice, les messages de soutien et de condoléances sont nombreux en provenance des pays d’Europe centrale. Mais, comme en France, les tentatives d’instrumentalisation politique aussi, notamment de la part des partis conservateurs, PiS et Fidesz en tête.

La Première ministre de la Pologne, Beata Szydło, s’est chargée d’adresser un message de soutien à la France : « Nous nous unissons dans le deuil de la nation française. (…) Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour arrêter cette folie terroriste qui se répand en Europe ». En Hongrie, le président de la République, János Áder, a déclaré que l’attaque justifiait la conviction que l’Europe doit faire tout son possible pour arrêter « ceux qui sont obsédés par la mort », de sorte que ses citoyens ne soient pas menacés « par les forces du terrorisme et de la destruction ». Le Premier ministre Viktor Orbán a écrit pour sa part dans un télégramme à François Hollande : « Au nom du peuple hongrois, je tiens à exprimer mes sincères condoléances à vous, les Français, et aux familles des victimes » (MTI).

Loin de la solennité de ces déclarations, des personnalités issues des rangs pro-gouvernementaux ont quant à elles préféré verser dans un ton plus polémique, au risque d’être accusées de récupération. En Pologne, le ministre de l’Intérieur, Mariusz Błaszczak, s’est ainsi montré plus hargneux que Beata Szydło : « N’avons-nous rien appris des attentats de Paris et Bruxelles ? C’est une conséquence des politiques multiculturelles et du politiquement correct. […] Le politiquement correct va perdre l’Europe ». Quant au député Stanisław Pięta, du PiS (Droit et justice, conservateur), il a estimé dans un message posté sur Twitter que pour arrêter le terrorisme, il faut « la destruction des mosquées en Europe et une vraie guerre contre l’État islamique ». Le président du groupe Fidesz à l’Assemblée nationale de Hongrie, Lajos Kósa, a considéré que cette attaque terroriste est la preuve que les politiques de l’Union européenne en matière d’immigration sont dans l’erreur et doivent être refondées. « Que faut-il qu’il se produise pour les dirigeants de l’UE à Bruxelles pour reconnaissent que leur posture sur l’immigration, la migration et le terrorisme est intenable », a-t-il questionné vendredi lors d’une conférence de presse. Pour Kósa, il s’agit d’une attaque contre la culture européenne, ses traditions et ses normes. Rappelons toutefois que le terroriste, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, est décrit dans la presse (ici ou ) comme un homme sans lien avec la religion musulmane, multipliant les relations sexuelles, qui buvait, se droguait et mangeait du porc.

En Tchéquie, les réactions de la classe politique n’ont pas versé dans les mêmes excès. Le Premier ministre Bohuslav Sobotka a déclaré : « C’était une nuit terrible pour la France ainsi que pour toute l’Europe. Nous devons combattre le terrorisme ensemble. Nous finirons par emporter cette bataille à condition que nous restions fidèles aux valeurs démocratiques et humanistes, celles-là mêmes qui sont la cible première des extrémistes ou des terroristes islamistes ». Jiří Ovčáček, porte-parole du président Miloš Zeman, a pour sa part affirmé que « Monsieur le président souligne qu’il y a eu toute une série d’attaques qui devraient nous inciter à une action plus ferme contres les terroristes ».

Avec Martin Daneš et Justine Salvestroni.