Patatras ! Les terroristes kamikazes étaient passés par la Hongrie avec les migrants

Deux des trois personnes qui se sont fait exploser le 13 novembre aux abords du Stade de France étaient entrés en Europe et avaient traversé la Hongrie en se mêlant aux migrants, au début du mois d’octobre. Cela jette un froid.

marcheLe flot des migrants ne cessait de grossir depuis le printemps sur la «route des Balkans», mais il a fallu attendre la fin de l’été et deux tragédies successives (le camion de l’horreur puis la photo d’un enfant noyé, Aylan) pour que les médias de l’Europe de l’Ouest daignent enfin tourner leur regard vers l’Est et saisissent la portée des évènements en cours.

Après le temps de l’ignorance, le temps de l’hystérie médiatique : tous ces migrants s’étaient subitement mué en réfugiés syriens fuyant le régime de Bachar et/ou l’État Islamique. Difficile dès lors d’émettre des nuances et de signaler, par exemple, le simple fait que les deux-tiers d’entre eux n’avaient rien de syrien (selon les données statistiques des entrées illégales enregistrées par la police hongroise du 1er janvier au 15 septembre transmises à Hulala).

Les considérations humanitaires légitimes vis-à-vis de ces personnes fuyant la guerre et la misère occultaient alors les questions de sécurité nationale, toutes aussi légitimes, qui découlaient de cet afflux massif.

Et pourtant… Les empreintes digitales et papillaires de deux des kamikazes du Stade de France correspondent avec celles relevées sur deux individu début octobre en Grèce. LeMonde.fr écrit à propos du premier d’entre eux à avoir été identifié : «Ce kamikaze avait traversé l’île de Leros en octobre, après être passé par la Turquie. Il avait ensuite fait une demande d’asile en Serbie, avant de rejoindre le camp croate d’Opatovac puis de partir pour la Hongrie».

Il est donc désormais avéré que des terroristes de l’organisation Daesh, en nombre indéterminé, se sont glissés dans le flot des migrants pour pénétrer incognito en Europe et y porter la guerre. Ce qui agitaient la menace peuvent se frotter les mains. Viktor Orbán et son gouvernement sont plus que jamais en position de force, à domicile et en Europe.

Pour autant.

On n’est pas prêts d’oublier ces personnes en exil croisées tout au long de l’été : par exemple ces trois jeunes syriens qui avaient fui leur pays après un passage dans une prison du régime, prêts à franchir la frontière hongroise après avoir partagé quelques abricots ; ou encore cette mère de famille et ses enfants qui fuyait les Talibans dans le nord de l’Afghanistan et se montrait d’une dignité qui force l’admiration même après une douzaine d’heure de marche dans les bois.

Diaporama – C’était à la frontière entre la Hongrie et la Serbie

Et on n’est pas prêts d’oublier non plus la manière détestable avec laquelle ils ont été traités par le gouvernement hongrois.

Ah, et encore un dernier point :

Budapest a réussi à imposer petit à petit l’idée auprès des diplomates et représentants politiques européens que, si la Hongrie n’a pas fait preuve de beaucoup d’humanité dans l’affaire, on peut lui être reconnaissant d’avoir fait le «sale boulot», en se montrant intraitable sur l’application des règles de Schengen et Dublin. C’est justice, après tant de diabolisation.

Mais ce serait oublier un peu rapidement qu’en réalité, tous les migrants de passage sur le sol hongrois n’ont pas été enregistrés par les autorités hongroises, loin s’en faut (83 000 selon le ministre de l’Intérieur). Explications : après la fermeture avec trompettes et lacrymogènes de la frontière hungaro-serbe le 15 septembre, le flux s’est redirigé vers une autre porte d’entrée en Hongrie, au niveau du Baranya. Contacté par Hulala au début du mois d’octobre pour savoir comment les autorités prenaient en charge le flux, le gouvernement s’était contenté de nous renvoyer vers une déclaration précédente indiquant : «nous présumons que les Croates font le travail d’enregistrement».

Boudeurs et vexés face à ce mauvais coup des Croates dont Budapest attendait qu’ils acheminent les migrants plus à l’Ouest, en Slovénie, les Hongrois avaient donc purement et simplement renoncé à contrôler, à enregistrer, et s’étaient résolus à faire comme tous les autres pays en amont : affréter des bus. A leur décharge, il est vrai qu’ils avaient lutté tout à fait seuls pour sécuriser leur frontière, et même dans la réprobation générale.

Mais il est tout de même regrettable d’avoir déployé tant de zèle à protéger les frontières de l’Europe comme aux temps des invasions ottomanes, pour laisser passer des terroristes sans même les avoir enregistré à leur entrée dans Schengen…

Corentin Léotard