La « suspension » du Népszabadság jugée illégale

Mediaworks Zrt. vient d’être condamnée par la justice, suite à la suspension brutale du Népszabadság en octobre dernier. La cour a qualifié la suspension de licenciement déguisé et a estimé que la méthode employée par le groupe de presse n’avait pas respecté le cadre prévu par la loi.

Troisième round dans l’affaire du Népszabadság, le quotidien de gauche brutalement « suspendu » le 8 octobre dernier, selon les termes de son propriétaire Mediaworks Zrt. Sans prévenir la rédaction, le groupe de presse avait décidé de procéder à la fermeture des locaux et de mettre les salariés en chômage technique dans l’attente de l’élaboration d’une nouvelle formule. La nouvelle avait créé l’émoi en Hongrie, où plusieurs manifestations avaient été organisées en soutien à la liberté de la presse.

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C’est précisément le terme de « suspension » qui n’a pas convaincu la Cour de Budapest, selon laquelle Mediaworks Zrt. n’a pas respecté le cadre et les délais prévus dans une procédure de licenciement. Le jugement rendu, suite à plainte déposée par Anna Danó de « non respect du droit du travail », estime ainsi que les propriétaires auraient du prévenir le comité d’entreprise, au moins quinze jours à l’avance, de leur décision. Il s’ajoute à une première condamnation de Mediaworks Zrt. en novembre dernier pour ne pas avoir demandé l’avis des représentants des salariés quant à la fermeture du journal.

Le groupe de presse propriétaire s’est défendu en mettant en cause la légitimité du comité d’entreprise ainsi qu’en plaidant ne pas avoir pu suivre la procédure légale « pour des raisons conjoncturelles ». Mediaworks Zrt. a également rejeté sans surprise la requalification de la suspension en licenciement déguisé, sans convaincre la Cour.

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).