Les socialistes hongrois se rallient à l’idée de primaires à gauche

Le Parti socialiste hongrois (MSzP) a annoncé ce mercredi avoir adressé aux autres partis de gauche une proposition pour une primaire commune de l’opposition progressiste en vue des élections législatives de 2018.

La révolution de palais se poursuit chez les socialistes hongrois du MSzP. La nouvelle direction, issue du congrès de juin dernier, a décidé de tenter de rallier les partis de gauche au principe d’une primaire commune, d’ici les élections législatives prévues au printemps 2018. Selon des sources internes citées par Index.hu, le principal parti d’opposition a envoyé une invitation en ce sens à plusieurs organisations de gauche : Ensemble (Együtt, social-libéral), Dialogue (Párbeszéd, écologiste), MoMa (libéral) et à la Coalition démocratique (DK) du dissident socialiste Ferenc Gyurcsány. Le petit parti LMP, le Parti libéral (MLP) et le Parti de gauche (Balpárt) n’ont pas été destinataires de l’offre de rassemblement, en raison notamment du veto de DK et de désaccords stratégiques majeurs.

Les « sept conditions » du MSzP

Le bureau politique du MSzP a néanmoins émis sept critères pour opérer le rassemblement de la gauche autour d’une primaire. Les principales exigences des socialistes portent sur la formulation d’un accord politique minimal – situé quelque part entre un programme commun et un accord technique de coalition -, l’organisation de primaires dans toutes les circonscriptions du pays pour départager les candidats à la députation élus au scrutin majoritaire, ou encore l’acceptation des résultats par tous les partis engagés dans ce processus de désignation.

Petite révolution de palais chez les socialistes hongrois

Le MSzP a laissé en suspens la question sensible de la tête de liste nationale, c’est-à-dire du candidat commun au poste de Premier ministre. La formation socialiste a néanmoins indiqué ses préférences pour un vote le même jour que les désignations par circonscription. Tous les partis seraient mis à contribution pour financer l’opération et répartir les coûts d’impression et de développement informatique. Le choix du calendrier reste également ouvert, même s’il reste assez peu de temps pour mettre en place un tel dispositif. Avec un vote organisé vraisemblablement à l’automne 2017, les détails techniques devront sans doute être réglés d’ici l’été prochain.

Une rupture dans l’histoire de la gauche hongroise

Si la primaire de la gauche hongroise se concrétisait, ce serait là une opération inédite dans l’histoire politique hongroise, dont il est encore difficile de mesurer les implications. Issue en juin dernier des rangs du parti Dialogue par la voix de Gergely Karácsony, cette proposition est perçue comme une façon de sortir par le haut de l’impasse dans laquelle est plongée actuellement la gauche hongroise. Fragmentée comme jamais auparavant, ses lignes de fracture, allant de l’héritage communiste à la politique néolibérale qui a prédominé entre 2002 et 2010, sont régulièrement ravivées par la compétition intense que se livrent les appareils dans l’opposition à Viktor Orbán.

Jusqu’à présent, cette situation a largement profité au Fidesz, dont la popularité continue de croître, malgré l’échec du référendum d’octobre dernier. L’organisation d’une primaire de gauche dans tout le pays permettra aux partis progressistes de retrouver la route des villages et des petites villes dont ils ont été chassés peu à peu ces dix dernières années, par le parti de Viktor Orbán et par le Jobbik (extrême-droite). Elle permettra également de répondre à une critique récurrente de la droite quant au manque de renouvellement de la classe dirigeante du MSzP et de DK, dont une partie a commencé à militer pour le parti communiste à la fin des années 1980. Alors que le seul vivier de la gauche réside du côté des abstentionnistes, l’organisation d’une primaire commune à ces cinq partis, aura au moins la vertu de clarifier le paysage politique.

Des primaires à gauche pour contrer Orbán ?

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).