La scientologie inaugure à Budapest son vaisseau amiral pour l’Europe centrale

A la fin du mois de juillet, l’Église de la Scientologie a ouvert son siège pour l’Europe centrale à Budapest, dans un bâtiment de 8 000 mètres carrés. Un ancien adepte témoigne des méthodes des scientologues.

La version originale de cet article a été publiée le 23 juillet 2016 dans Vasárnapi Hírek sous le titre « Lélekszippantók az Orgban – Szombaton hatalmas székházat avatnak Budapesten » (« Les vidangeurs de l’esprit dans l’Org ». Ndlr : « Org », du mot « organisation », est le terme employé en interne chez les scientologues pour désigner un centre de scientologie). La traduction en français a été réalisée par Paul Maddens.
Photo : Gábor Lakos.
Photo : Gábor Lakos.

Après des préparatifs de plusieurs mois, enfin s’ouvre le siège monumental des scientologues, sur Váci út à Budapest, le Org Idéal de Budapest, ainsi qu’ils le nomment eux-mêmes. Ils ont acheté le bâtiment grâce à des dons. Selon les informations communiquées par le directeur des relations publiques, László Lange, a notre journal : la rénovation du bâtiment d’environ 8 000 mètres carrés a coûté plusieurs milliards de forints (ndlr : 1 milliard de forints équivaut à peu près à 3 200 000 euros). La presse a évoqué antérieurement la somme de 2,5 milliard de forints. « Étant donné que cet organisme est le centre de la scientologie pour la totalité de l’Europe Centrale, (12 pays, 200 millions de personnes ), les dons sont venus des pays environnants et même de l’autre moitié de la terre » – a-t-il répondu à notre interrogation sur la provenance d’autant d’argent. Le bruit a couru que le dirigeant scientologue David Miscavige pourrait se rende à Budapest pour la cérémonie d’ouverture de samedi, ne serait-ce que parce que se tient dimanche le « sommet européen des orgs idéaux réunis », quoi que cela puisse vouloir dire. László Lange s’est contenté de commenter : « Viendront à cette cérémonie d’ouverture à caractère privé ceux qui ont contribué à la création du centre de quelque façon que ce soit ».

Mais pourquoi faut-il un centre aussi grand pour une (en principe) petite Église si controversée. Selon la réponse officielle, « ce bâtiment sera en mesure d’être au service d’exigences croissantes dans les années à venir ». Cette exigence se révèle à l’occasion des stages d’enseignement des techniques commerciales et de réalisation de soi, qui constituent une grande partie de l’activité visible des scientologues. C’est justement en raison de la « technologie mentale » dénommée « audit » par les scientologues que de nombreuses critiques sont émises à son encontre de par le monde. Selon ces critiques, les stages scientologues consistent surtout à « plumer » les fidèles : on demande jusqu’à plusieurs millions de forints pour les cursus à la fin desquels la personne devient « propre » (clean) en terme spécialisé. Encore en 2011, la présidente de l’époque, Weith Katalin – qui aurait quitté les scientologues, selon les rumeurs  – a déclaré que cela peut coûter 1 à 2 millions de forints à un fidèle pour accéder à la catégorie supérieure (note : soit de 3 000 à 6 000 euros).

Selon Péter Bonyai, dirigeant qui s’est retiré de l’église il y a dix ans, l’activité de la communauté est avant tout centrée sur le profit financier. Il a dit à notre journal : « Les scientologues, dans la pratique, emballent le business du développement personnel dans une enveloppe confessionnelle en raison des avantages juridiques et fiscaux. Les spécialistes qui font autorité qualifient de charlatanisme leurs méthodes de désintoxication de la drogue et leur technique d’audit qui ressemble à la psychanalyse ». En dix années, Péter Bonyai a payé près de dix millions de forints pour les différentes formations, sans comptabiliser le travail accompli gratuitement pour eux.

László Lange, le représentant de l’église, dans le même temps, invoque le fait que dans le bâtiment de Váci út, une partie des stages sera gratuite, de la même façon que les cérémonies, conférences et manifestations qui auront lieu le week-end. Par contre, selon Péter Bonyai, les sommes payées par les stagiaires ne constituent qu’une petite partie des rentrées d’argent, il rentre beaucoup plus d’argent sous forme de dons dans la « tirelire ».

En 1993, le Parlement avait qualifié l’Église de Scientologie Hongroise de secte destructrice et lui avait retiré l’aide de l’État. Deux années plus tard, la qualification de « secte destructrice » avait été annulée. La communauté s’est étendue depuis et a été capable de continuer à fonctionner, même sans aide de l’État. Selon ses détracteurs, la raison en est que les scientologues font ouvrir aux croyants perdus et souvent fragiles leur portefeuille par des méthodes raffinées.

Selon les dires de Péter Bonyai, les scientologues ne tiennent pas de registre de leurs membres et il n’est donc pas possible de savoir précisément combien il y a de fidèles en Hongrie. A son avis, plus de 100 000 personnes ont été en contact avec eux, d’une façon ou d’une autre. Environ 10 000 auraient participé à un stage, mais le noyau actif constituerait de 1 000 à 1 500 personnes. Cet effectif est élevé au regard du reste de l’Europe de l’Est, car les scientologues ne sont pratiquement pas présents dans la région. Ils sont actifs aussi en Roumanie dans les régions habitées par des Hongrois. Selon Péter Bonyai, le risque encouru lorsque l’on quitte l’Église est avant-tout que les connaissances restées dans l’Église ne daignent plus jamais parler avec celui qui part, ceci pouvant avoir des effets fâcheux sur les acteurs de la vie commerciale dont les affaires dépendent de la communauté.

L’Église de Scientologie est considérée comme un risque pour la sécurité nationale dans plusieurs pays, y compris en Hongrie. Bien que les annuaires antérieurs du Bureau de la Sécurité Nationale ne désignent pas les scientologues, dans l’édition de 2006, il est fait mention de mouvements religieux dangereux pour une société, qui se montrent comme organisation « apparemment dépourvue d’ambitions politiques…elles cherchent la possibilité de nouer des contacts avec des entreprises, des fondations, des organisations civiles, candidats habituels des appels d’offres de l’État ». Mais pourquoi leur activité présenterait-elle un risque pour le pays ? Les scientologues eux-mêmes se sont efforcés de le savoir auprès des services secrets, mais – ce qui n’est pas surprenant – ceux-ci ont décliné leur demande et nié le fait qu’ils les surveillent. Pourtant, dans d’autres pays les scientologues sont dans le radar des services secrets. Par exemple en Russie à la fin du mois de juin, les services de sécurité ont procédé à des perquisitions dans 14 bureaux simultanément et ont trouvé des documents confirmant que l’Église mène des activités financières illégales dans le pays.

Péter Bonyai mentionne deux éléments qui préoccupent les services secrets : « D’une part ils récoltent énormément de dons, une partie de ceux-ci peuvent facilement être de l’argent sale. Il y a eu une semaine où ils ont recueilli 40 millions de forints dont on ne connaît pas  l’origine (ndlr : soit environ 130 000 euros) ». Un risque encore plus grand tient au fait qu’une partie des procédures d’audit est liée à la détection de mensonges et débute par une confession. Ils harcèlent de questions les croyants à propos de leurs actes passés, leurs fautes, leurs habitudes et aberrations sexuelles et ils enregistrent l’interview. De cette façon un grand nombre d’informations sensibles tombent en leur possession. On pourrait dès lors imaginer qu’ils viennent à apprendre des choses sensibles liées à des membres du gouvernement ou des hommes politiques. Peut-être est-ce la raison pour laquelle selon une théorie – non prouvée – les scientologues travaillent avec la CIA.