Santé : les pots-de-vin des médecins

Depuis longtemps en Hongrie, les patients versent des « dessous de tables » (hálapénz) à leurs médecins pour se sentir bien soignés, et  ces petites pratiques de corruption, devenues des faits de vie, semblent bien naturelles à la majorité des praticiens.

Selon une enquête d’AXA Santé (AXA Egészségpénztár) et de l’Institut de recherche sur la santé (GKI-EKI HealthCare Research Institute) citée par le portail d’informations Origo la semaine dernière, les Hongrois dépensent en moyenne 9600 HUF par an (soit environ 33 euros) en dessous de table payés à leur médecin. Au total, près de 32 milliards de forints, soit 112 millions d’euros, financent ainsi « au noir » le système de santé. 49% des sondés pensent qu’ils ne recevront pas de bons soins médicaux s’ils ne font pas ce petit « cadeau »à leur médecin.

Selon une enquête de Szinapszis du mois d’août, 57% des médecins hongrois considèrent que ces rémunérations complémentaires sont nécessaires, étant donné leurs faibles revenus de base. Sur les 43% qui n’y sont pas favorables, seuls 17% s’y opposent fermement et seuls 10% des praticiens déclarent ne jamais accepter de pots-de-vin.

Cette pratique fréquente dans le système de santé hongrois est connue et dénoncée depuis longtemps. Il faut cependant rappeler que, par soucis de comparaison, si les médecins français gagnent en moyenne deux fois et demi le salaire moyen français, les médecins hongrois, eux, ne gagnent qu’une fois et demi le salaire moyen hongrois. Une autre étude citée par Origo avait montré l’an dernier que 70 milliards de forint étaient versés aux médecins sous forme de dessous de table. Pour un séjour à  l’hôpital, les patients versaient en moyenne 30 000 HUF pour être mieux pris en charge.

C’est pourtant l’une des critiques récurrentes adressées par les organisations internationales à la Hongrie. Selon le rapport de l’OCDE sur la Hongrie en 2008, des réformes du système de santé seraient absolument nécessaires car « l’état de santé de la population hongroise est un des moins bons des pays de l’OCDE, même en tenant compte des différences de revenu par tête, et le rapport entre dépense publique de santé et produit intérieur brut (PIB) y est modeste en comparaison de ces mêmes pays ». La pratique des dessous de table, associée à des problèmes de gouvernance, d’offre de soins, de recrutement et de rémunération des personnels, serait l’un des obstacles à l’amélioration du système de santé hongrois.

Sources :

Articles liés :