Déroute pour Viktor Orbán après le référendum en Hongrie

Le plébiscite tant espéré par le gouvernement chrétien-conservateur (Fidesz-KDNP) s’est transformé en déroute. Selon les résultats quasi-définitifs de la Commission électorale (Nemzeti Választási Iroda), le référendum portant sur les quotas de migrants établis par l’Union européenne a été invalidé, faute de participation suffisante.

Pour être valide, le scrutin devait atteindre un quorum de 50% de suffrages exprimés. On en est très loin. La participation s’établit à 43,3 %, et 6,2 % des bulletins sont nuls. La stratégie des différents partis de gauche appelant au boycott a donc fonctionné. Quant au grand nombre de bulletins invalides glissés dans les urnes, il faut sans doute y voir un succès de la campagne très active menée par le parti satirique du chien à deux queues (MKKP).

Parmi les bulletins exprimés, 90,89 % sont en faveur du gouvernement (Non), pour seulement 2,88 % de Oui. En chiffres  absolus, 3,3 millions d’électeurs ont apporté leur soutien au gouvernement. Premiers à s’exprimer, Zsolt Semjén (KDNP) et Gergely Gulyás (Fidesz) ont tenu une conférence de presse au cours de laquelle ils ont feint d’y voir une «victoire qui balaie tout sur son passage».

Une partie de l’opposition appelle à la démission

Du côté des autres partis pro-non, le Jobbik a déploré la dramatisation des enjeux par le Fidesz, le parti gouvernemental, regrettant que les «Hongrois boivent la soupe de son arrogance». Le président de la formation d’extrême-droite, Gábor Vona, a comparé la situation de Viktor Orbán avec celle de David Cameron après le référendum sur le Brexit, l’enjoignant à en tirer les mêmes conséquences : démissionner.

À gauche, l’ancien premier ministre socialiste, actuel président de la Coalition démocratique (DK) Ferenc Gyurcsány a déclaré : «Plusieurs millions de gens se sont opposés à la campagne de la peur et ont dit « non » à Orbán» et appelé la gauche à trouver les voies de l’alternative après cette «victoire». Sa formation a également appelé Viktor Orbán à abandonner la tête de l’exécutif. Le président du parti socialiste (MSzP), Gyula Molnár, a quant à lui ironisé sur «une étude d’opinion particulièrement salée à propos du référendum». Le gouvernement – qui a initié ce référendum – aurait dépensé 50 millions d’euros pour sa campagne, selon le site d’investigation Átlátszó (Transparence). Pour Gergely Karácsony (PM), «le référendum appartient déjà au passé, les gens préfèrent désormais se concentrer sur l’avenir»

Marginalisé par son refus de donner une consigne de vote, le petit parti écologiste Une autre politique est possible (LMP) s’est félicité que l’invalidation du référendum «ait fragilisé le gouvernement», tout en rappelant que la question migratoire restait un «problème légitime».

Qui vote quoi ? Les consignes de vote des partis politiques hongrois. (c) Hulala
Qui vote quoi ? Les consignes de vote des partis politiques hongrois. (c) Hulala
Un test politique raté pour Viktor Orbán

«Voulez-vous que l’UE décrète une relocalisation obligatoire de citoyens non-hongrois en Hongrie sans l’approbation du Parlement hongrois ?». La question référendaire a été soumise à la Commission électorale (Nemzeti Választási Iroda) le 24 février 2016, par le gouvernement chrétien-conservateur de Viktor Orbán. L’initiative a été approuvée par le parlement avec les votes de la coalition du Fidesz et du parti chrétien-démocrate KDNP ainsi qu’avec les votes de l’extrême-droite (Jobbik). 8 272 625 Hongrois sont inscrits pour participer au scrutin, dont 274 627 établis hors du pays, notamment dans les pays limitrophes. Pour que le scrutin soit validé, le nombre de votes exprimés devait être supérieur à la moitié des inscrits, soit 4 136 313.

Depuis dimanche soir, Viktor Orbán cherche à tout prix à transformer cette défaite en victoire, rappelant à qui veut l’entendre que plus de 90% des suffrages exprimés l’ont été en faveur du «non». Si la Commission européenne a jugé cette semaine que ce référendum n’aurait eu aucun impact juridique sur les engagements adoptés, le Premier ministre hongrois a de nouveau déclaré dimanche soir que l’«UE ne pourra pas imposer sa volonté à la Hongrie». Dans sa déclaration post-scrutin, Viktor Orbán a laissé entendre que son gouvernement proposerait une modification de la Constitution qui bloquerait les velléités de Bruxelles.

Champion d’une nouvelle droite européenne en gestation, l’invalidation du référendum prive néanmoins le maître de Budapest de l’illusion d’un pays rassemblé derrière lui. Ce d’autant plus qu’il est le premier leader eurosceptique à perdre ainsi à domicile.

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