Racisme anti-Rom : Maria Francesca en France, Rikárdó en Hongrie

En France et en Hongrie, deux affaires distinctes illustrent simultanément le racisme anti-Rom  qui sévit en Europe.

Maria Francesca, deux mois et demi, est décédée de la mort subite du nourrisson dans la nuit du 25 au 26 décembre. La mairie a refusé qu’elle soit enterrée dans le cimetière communal de Champlan, dans la région parisienne.

Six jours après la mort de Maria Francesca en Europe de l’Ouest, Rikárdó naissait en Europe centrale. En Hongrie comme dans beaucoup d’autres pays, il est de tradition pour les médias de présenter le premier bébé de la nouvelle année. Cette année 2015, ce fut Péter Rikárdó Rácz, à l’hôpital de Makó, dans le sud de la Hongrie.

Dans le reportage vidéo réalisé par la télévision locale Makói TV on voit madame la Maire féliciter les parents du nouveau-né à l’hôpital.

Sur sa page Facebook le lendemain, Előd Novák, député du parti d’extrême-droite Jobbik, a réagit à cette première naissance de l’année :

« Mise à part Rikárdó – qui est le premier né de l’année 2015 et le 3e enfant d’une mère de 23 ans – les Hongrois aussi se reproduisent. Dans notre famille par exemple, nous sommes plus nombreux qu’il y a 4 ans ».

Il faut lire dans ce commentaire d’apparence insipide de ce membre éminent du Jobbik que les Tsiganes de Hongrie ne sont pas Hongrois, qu’ils n’appartiennent pas à la nation hongroise et qu’ils présentent une menace démographique pour le pays.

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Photo : les 2 députés de Jobbik Előd Novák et Dóra Dúró et leurs enfants.

Soulagement – en France et en Hongrie, cela a immédiatement soulevé des vagues d’indignation.

Le gouvernement hongrois a réagit via l’une de ses personnalités les plus en vue, János Lázár qui dirige le cabinet du 1er ministre Viktor Orbán :

« Stigmatiser un nouveau-né n’est pas seulement un acte de lâcheté, mais aussi l’acte d’un scélérat. C’est un crime pur et simple. Le rôle de l’État est de protéger nos enfants, tous nos enfants […] contre les attaques de politiciens stupides et lâches ».

Dans un style particulièrement reconnaissable, l’ancien premier ministre socialiste Ferenc Gyurcsány a déclaré pour sa part : « Moi aussi je suis Rikárdo ».

Sur les réseaux sociaux aussi les réactions ont été nombreuses, par exemple avec la création du groupe Egymillióan Rácz Péter Rikárdóért qui a rapidement reçu plusieurs milliers de soutiens.

rikardo gyurcsany

Maria Francesca en France, Rikárdó en Hongrie. Souvenons-nous que le meurtre du handballeur roumain Marian Cozma par un Rom, lors d’une rixe à la sortie d’une boite de nuit de Veszprém en février 2009, avait suscité un élan de sympathie peu habituel entre Hongrois et Roumains et donné lieu à de beaux gestes de fraternité, notamment lors de matchs de foot.

S’il est une chose qui soit encore assez forte pour rapprocher les nations européennes, c’est bien leur détestation commune des Roms.