Népszabadság tombe dans l’escarcelle du pouvoir

La cession du groupe de presse Mediaworks, anciennement propriété de la holding autrichienne Vienna Capital Partners, à la société Opimus Press Zrt. a été confirmée mardi soir. Le montage financier, les rouages de la manœuvre et les personnes impliquées restent encore un peu obscurs à ce jour, mais la société Opimus est décrite par la presse hongroise comme «proche» d’un des hommes de paille du régime Orbán. Opimus détient désormais une dizaine de titres de la presse régionale ainsi que l’emblématique journal d’opposition Népszabadság.

La nouvelle était attendue depuis deux semaines. Elle est désormais publique et officielle : le Népszabadság ainsi que de nombreux titres de la presse quotidienne régionale sont désormais la propriété d’Opimus Press Zrt., une société hongroise réputée proche de Lőrinc Mészáros, bourgmestre de Felcsút, artisan gazier devenu milliardaire (en forints), et considéré par beaucoup comme un homme de paille de Viktor Orbán. Opimus Press Zrt. compte parmi ses actionnaires la société Opimus Nyrt., dont l’un des dirigeants est Gábor Mátrai, ancien homme de main d’Annamária Szalai, alors présidente du Conseil des médias créés par le gouvernement conservateur en 2010. Par ailleurs, Opimus Nyrt. compte dans son portefeuille de nombreuses filiales dans lesquelles on retrouve d’autres fidèles de Mészáros, comme Zoltán Csík et Zoltán Schmidt.

La reprise en main de Népszabadság, Világgazdaság, Nemzeti Sport et des nombreux titres de la presse quotidienne régionale s’est faite à travers le rachat de Mediaworks à la holding autrichienne Vienna Capital Partners, propriété de l’homme d’affaires autrichien Heinrich Pecina. Comme le rappellent nos confrères de 444.hu, Heinrich Pecina n’est pas considéré comme un investisseur professionnel, mais davantage comme un marchand facile à corrompre, dont la réputation s’est faite à travers le rachat et la revente de nombreuses sociétés en Hongrie et en Serbie. Heinrich Pecina est par ailleurs un associé de Zoltán Spéder, épinglé par Mária Vásárhelyi dans l’ouvrage Magyar polip, comme un investisseur pro-Fidesz en charge de la mise sous coupe de la presse en ligne au service du gouvernement.

Les intrigues autour d’un possible rachat de Mediaworks par une société proche du pouvoir sont connues depuis la fin du mois d’août dernier. Le feuilleton a connu une brutale accélération le 8 octobre avec la suspension du titre phare du groupe : le quotidien de gauche Népszabadság. Du jour au lendemain, sans préavis, toute la rédaction du journal a été débarquée de ses locaux et mise en chômage technique. La nouvelle a suscité un émoi profond dans le pays, principalement chez les opposants au Fidesz, voyant derrière l’opération la main de Viktor Orbán lui-même. Si les difficultés du principal journal d’opposition, véritable institution médiatique et culturelle en Hongrie, ont attiré tous les projecteurs, il ne faut pas sous-estimer l’importance des enjeux d’une prise de contrôle des journaux régionaux par le pouvoir.

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