Poutine à Budapest : les raisons cachées d’une visite-éclair

Annoncée depuis deux ans, personne ne sait vraiment ce qui a justifié la rencontre entre Vladimir Poutine et Viktor Orbán à Budapest.

logo_0 Tribune publiée le 4 février 2017 dans Új szó. Traduite du hongrois par Ludovic Lepeltier-Kutasi.

Vladimir Poutine était à Budapest. Les médias se préparaient depuis deux ans et un mois à l’événement, lequel s’est finalement révélé une rencontre de routine dans le projet d’ouverture vers l’Est du Premier ministre hongrois.

Budapest fait partie des rares capitales européennes où le président russe se rend encore. Avant la propagation de la crise ukrainienne, il faisait de nombreux allers-retours à Vienne et il conserve encore des liens avec Bratislava et Athènes. Ailleurs, il est désormais considéré comme personna non grata, sauf peut-être lors de certains sommets internationaux, qui deviennent des bonnes occasions pour le rencontrer (à l’instar de Renzi lors de l’exposition universelle de Milan).




La relation n’avait rien de la romance à ses débuts. Le discours « Les Russes, rentrez chez vous » tenu à la fin du communisme sur la place des Héros, est devenu un événement iconique dans la vie de Viktor Orbán. Au point de dominer sa boussole idéologique durant vingt ans. Les choses ont changé en 2009 lorsque les deux hommes se sont rencontrés à Saint-Pétersbourg et ont entamé une politique de rapprochement qui s’est prolongée durant les deuxième et troisième mandats d’Orbán jusqu’à nos jours. Il n’y a toujours pas d’amitié entre eux et il n’y en aura jamais. C’est l’ambiance qui prévalait jeudi lors de leur conférence de presse commune. Poutine sait bien ce qu’un Orbán peut penser en réalité, tant paraît peu fiable son revirement soudain en faveur d’un ex-agent du KGB après vingt ans de carrière politique. D’ailleurs, Orbán ne parle à aucun moment d’amitié inconditionnelle envers la Russie. Ses considérations restent pragmatiques, ce dont lui et son ministre des affaires étrangères ne se cachent d’ailleurs pas, comme ils l’ont rappelé lors de la conférence des ambassadeurs et à de nombreuses autres occasions.

La question du prix payé à lier ce genre d’amitié les dents serrées reste entière. Elle ne se pose pas à court terme, mais à moyen et long terme, sans doute à la fin de l’investissement de Paks, lors d’une de ces – nombreuses – années durant lesquelles l’on remboursera le prêt avancé.

Lors de la conférence de presse de jeudi, Orbán a d’ailleurs fixé certaines limites, dont celle de ne pas se mêler du combat entre les puissances, dans la mesure où la Hongrie a pleinement conscience de son poids géopolitique. Il a ainsi refusé de prendre position sur les dossiers chauds impliquant la Russie, comme celui de l’influence de l’élection présidentielle américaine ou encore la question ukrainienne. Il s’est borné à évoquer le protocole de Minsk pour régler la situation dans l’Est de l’Ukraine. Il a néanmoins donné quelques gages de sympathie à l’égard de Poutine, lesquels n’étaient pas directement liés à des impératifs diplomatiques.

Mais il n’y a pas eu de grande déclaration, Poutine étant même assez peu disserte sur l’Ukraine (par contraste tout du moins avec ses précédentes déclarations). Au point que l’on ne comprend pas très bien ce qui justifiait un tel déplacement à Budapest.

C’est vrai ça, pourquoi a-t-il fait le voyage ? Si le président russe voulait ainsi montrer qu’il comptait encore des amis parmi des pays de l’OTAN, c’est que la situation est vraiment grave, or ce n’est pas tout à fait le cas. Il serait tout autant absurde que le Premier ministre hongrois tire une quelconque utilité de la visite du dirigeant russe, alors que ses alliés voient le Kremlin comme une menace dans la guerre de désinformation. Les freins aux relations commerciales entre la Russie et la Hongrie ne sont pas vraiment à chercher dans les sanctions occidentales mais davantage dans la situation de l’économie russe. Par ailleurs, si certains barons verts cherchent à exporter leurs pommes ou leurs saucisses, l’on reste quand même assez éloignés des intérêts nationaux de la Hongrie. De quoi ont-ils bien pu parler lors de leur rencontre à huis-clos qui nécessitât que Poutine vienne en personne ? À quoi peuvent bien servir ces rencontres personnelles régulières ?

La rencontre de jeudi est particulière car elle laisse toutes ces questions ouvertes. Peut-être que la rencontre de février 2018, à deux-trois mois des élections législatives hongroises, portera avec elle des enjeux plus importants. Qui sait les cadeaux que Poutine apportera alors dans ses bagages ?

Botond Feledy

Journaliste et politiste

Fondateur du site d'information hongrois Kitekintő, spécialisé dans la politique internationale.