Plusieurs centaines d’étudiants ont manifesté à Budapest

Excedés par la réforme de l’éducation supérieure et par les nouveaux critères d’admission dans les universités, des étudiants sont descendus dans la rue mercredi après-midi à l’appel de « Hallgatói Hálózat » (le réseau étudiant).

Pour en savoir plus sur ce sujet, écouter l’émission du 18 février de Tilos Radio :

Première partie : [audio:http://tilos.hu/online/2012/02/18/tilosradio-20120218-1630.mp3]

Deuxième partie : [audio:http://tilos.hu/online/2012/02/18/tilosradio-20120218-1700.mp3]

Les étudiants ont occupé durant près de trois heures une salle de conférence de la faculté de droit de l’université ELTE avant de partir vers les 20 heures. Le collectif « un million pour la liberté de la presse » a décidé de continuer à manifester sur Egyetem Tér (place de l’Université). Les étudiants ont appelé le gouvernement à retirer sont projet visant à limiter de facon drastique le nombre de nouveaux étudiants admis dans les universités.

Les leaders du Hallgatói Hálózat suivent en direct l’évolution de l’occupation de l’Université depuis un bar voisin de Egyetemi tér (photo : Corentin Léotard/HU-lala)

Les étudiants sont partis du campus d’ELTE situé sur les rives du Danube à Buda pour arriver à l’université Corvinus. De nombreux lycéens se sont joint au cortège car nombreux sont ceux qui ont vu leurs rêves brisés par les mesures prisent par le gouvernement pour diminuer le nombre d’étudiants. Par exemple, il ne sera possible d’étudier le droit gratuitement que dans deux universités budapestoises et pour un nombre restreint d’étudiants. Ceux qui ne pourront pas entrer devront payer des droits de scolarité pouvant s’élever à plus d’un ½ million de forint par semestre pour poursuivre leurs études. Cette mesure favorisera les jeunes issus de familles fortunées (que la Fidesz a tendance à choyer) alors que les autres devront lourdement s’endetter ou travailler en parallèle, souvent « au noir » par ailleurs.

Les manifestants se repassent les évènements de la journée (HU-lala)

Il est difficile de cerner la volonté finale du gouvernement. A sa décharge il faut avouer que le nombre de Hautes Écoles et d’Université est absolument délirant en Hongrie puisque pratiquement chaque ville de plus de 20.000 habitants en compte au moins une et que cela ne fait que dévaluer la valeur des diplômes. Ce qui est en revanche mystérieux c’est que le gouvernement tente de faire des économies sur les meilleurs établissements du pays, alors que d’autres Hautes Écoles de réputation médiocre pourront continuer à délivrer des diplômes qui ne valent rien sur le marché du travail.

Rózsa Hoffman la ministre déléguée à l’éducation avait demandé à pouvoir répondre en personne aux attaques visant le gouvernement, mais le Réseau étudiant a refusé cette proposition. Quant à lui, le Hök – le syndicat étudiant d’orientation plutôt pro-gouvernementale – a publié un communiqué ne laissant aucun doute sur ses opinions politiques « Aujourd’hui les plus de 375 ans d’activités, d’enseignements et de culture ont été dérangé par des gens qui n’en avaient pas le droit. Le HÖK condamne tout groupe qui, pour faire valoir ses idées, utilisent des moyens qui vont à l’encontre des normes sociales […] ».

Viktor Orbán qui fait tout pour que les étudiants ne puissent pas quitter le pays et pour diminuer leur nombre avait déclaré en 2008 qu’il fallait « que le plus grand nombre possible de jeunes aillent à l’université et partent à l’étranger” ainsi que « il faut qu’en Hongrie tout enfant né dans un milieu pauvre mais ayant du talent puisse aller à l’université”. La politique de Viktor Orbán n’en est donc pas à une contradiction près, n’en déplaise à ses nombreux admirateurs !

Sources : Index.hu, Origo.hu, Hirszerző

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Vincent Baumgartner

Étudiant

Collaborateur occasionnel de Hulala. Étudie à l'Institut de hautes études internationales et du développement (Genève)