« Optimiste » et « tournée vers l’avenir » la jeunesse hongroise ?

En Hongrie, une récente étude de l’institut Új Nemzedék dresse le portrait d’une jeunesse qui, selon les mots de Zoltán Balog, le ministre des Ressources humaines, « va de l’avant », est « optimiste » et « tournée vers l’avenir ». Pourtant, dans le texte, les résultats contrastent quelque peu avec le satisfecit gouvernemental.

Les jeunes de moins de 30 ans n’auraient plus peur de ne pas trouver de travail et aspirent majoritairement à fonder une famille. C’est tout ce que Zoltán Balog, ministre des ressources humaines et Katalin Novák, secrétaire d’État à la jeunesse, ont retenu du rapport présenté lundi soir à l’Académie hongroise des sciences par l’institut Új Nemzedék (en hongrois). Si la peur du chômage est passée en huit ans de la deuxième à la huitième place des éléments d’inquiétude pour l’avenir, c’est bien la peur de la paupérisation qui truste désormais le haut du podium.




Côté démographie, le désir de fonder une famille et de procréation ressortent nettement de cette étude. Mais comme le relève Andrea Szabó – une des contributrices de l’étude interrogée par HVG – la perspective d’un déclassement social peut également agir comme un frein sur la fécondité des couples, en dépit des efforts considérables de l’Etat en matière de politique familiale.

Existe-t-il pour autant une aspiration à changer les choses chez la jeunesse hongroise ? Pas vraiment, si l’on en croit l’étude. Celle-ci présente les jeunes Hongrois comme majoritairement modérés et partisans des valeurs conservatrices qui font le lit et l’ancrage populaire du Fidesz au pouvoir. Selon Andrea Szabó, cette faible inclination pour la radicalité est une constante socio-culturelle en Hongrie, sans doute renforcée par l’expérience communiste et le caractère singulier du régime dominé par János Kádár, dans laquelle la docilité et la passivité politiques étaient socialement valorisées.

Pour la chercheuse, seule un infime segment des jeunes Hongrois expriment son rejet en descendant manifester dans la rue, comme l’illustrent les mobilisations ponctuelles contre la réforme universitaire en 2013 ou contre la « taxe Internet » en 2014. Andrea Szabó rappelle d’ailleurs que l’émigration, à laquelle un tiers des jeunes enquêtés aspirerait, peut représenter une forme comme une autre de protestation.

La Hongrie produit en masse des travailleurs pauvres

L’Image d’illustration a été extraite du film VAN valami furcsa és megmagyarázhatatlan.

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).