Momentum : un nouveau parti politique est né en Hongrie

Momentum a tenu une Assemblée générale ce samedi pour acter sa transformation en parti politique. Après sa campagne contre l’organisation des Jeux Olympiques à Budapest, le jeune mouvement espère fédérer une majorité d’électeurs pour « tourner définitivement la page de la transition post-communiste ».





Il aura fallu un peu plus de deux semaines pour que le désormais « Mouvement Momentum » (MM) se constitue en parti politique. Ce samedi, la jeune organisation a tenu son Assemblée générale durant laquelle une majorité de votants s’est notamment prononcé pour désigner András Fekete-Győr président du parti. Âgé de 28 ans, ce dernier sera secondé de Tamás Soproni, Anna Orosz, Edina Pottyondy et Barnabás Kádár. Une direction particulièrement jeune où dominent des personnalités bardées de diplômes ayant souvent moins de 30 ans.

« Nous devons dépasser le clivage gauche-droite » (Momentum)

Le Mouvement Momentum cherche à échapper au clivage gauche-droite qui structure la vie politique hongroise depuis la fin du communisme. Plutôt progressiste sur les questions de société (en faveur de l’IVG, des droits des homosexuels, mais également de la dépénalisation des drogues douces), MM défend aussi une vision libérale de l’économie, explicitement pro-mondialisation.

Pour l’heure, le parti cherche surtout à capitaliser sur le renouvellement générationnel: « Nous pensons qu’avec nous, la Hongrie pourra tourner définitivement la page de la transition post-communiste. Nous pensons que Momentum sera synonyme d’un nouveau départ. Il s’agit certes d’une responsabilité au regard de l’Histoire, mais aussi d’un devoir », selon les mots prononcés hier par András Fekete-Győr au site 24.hu.

Des candidats dans toutes les circonscriptions du pays en 2018

Réunie en congrès au même moment ce samedi, la Coalition démocratique (DK) emmenée par Ferenc Gyurcsány a salué « avec sympathie » l’émergence d’une nouvelle force politique « qui amplifiera le tsunami anti-Orbán » en 2018. Un geste amical retoqué presque dans l’heure par MM durant une conférence de presse : « Si Gyurcsány est content pour Momentum, Momentum n’est pas content de Gyurcsány. Le référendum de 2004 et les événements de l’automne 2006 ont montré la crise de la gauche ; depuis 2010, la reprise des thématiques de l’extrême-droite par la droite montre que celle-ci est aussi en difficulté. (…) Nous voulons montrer avec nos actions qu’il y a besoin de renouveau pour nos électeurs. Nous devons dépasser le clivage gauche-droite qui a structuré le XXe siècle (…) et lui opposer une façon de faire de la politique qui se concentre sur des majorités d’idées et non des clivages idéologiques ». Le nouveau parti a annoncé vouloir présenter des candidats autonomes dans chaque circonscription lors des élections législatives de 2018.

« Momentum est le nouveau SzDSz » (Viktor Orbán)

Ce refus de s’aligner sur l’opposition de gauche et ce positionnement générationnel rappellent à certains observateurs celui du parti du Premier ministre – le Fidesz – au début des années 1990. Dans un long article publié sur le site américano-hongrois Amerikai Népszava, le journaliste László Bartus estime qu’il existe une alliance d’intérêts entre le chef du gouvernement conservateur et Momentum : « Ce n’est pas Orbán qui a créé [Momentum], mais il a tout de même reconnu qu’il avait trouvé en Momentum l’opposant idéal ». Selon Bartus, favoriser la montée de MM permettrait au Premier ministre hongrois d’affaiblir encore davantage une gauche en miettes mais également de restructurer le clivage politique entre une droite nationale-protectionniste et une droite libérale ouverte sur la mondialisation.

Pour l’heure, le Fidesz cherche à faire de Momentum l’avatar new look du SzDSz, petit parti issu de la même dissidence anti-communiste, mais rallié dès 1994 au Parti socialiste hongrois (MSzP), tributaire de l’ancien parti unique. « Momentum est le nouveau SzDSz, ce qui signifie qu’il s’alliera un jour au MSzP » a notamment déclaré Viktor Orbán le 24 février dernier sur Kossuth Rádió.

À peine connu il y a encore quelques mois, le Mouvement Momentum s’est très rapidement imposé dans le paysage médiatique et politique hongrois en rassemblant le 17 février dernier 266 151 signatures pour l’organisation d’un référendum sur les Jeux Olympiques à Budapest. Quelques jours plus tard, le gouvernement de Viktor Orbán imposait à Budapest le retrait de sa candidature.

Ludovic Lepeltier-Kutasi

Doctorant

Directeur de la publication de Hulala. Doctorant en géographie (Université François-Rabelais, UMR CITERES/associé au Centre de recherches en sciences sociales (CEFRES) de Prague).